Conférence nationale : les coulisses du compromis constitutionnel de 1990
Plus de 300 participants, des débats qui s’étirent et, parfois, une journée entière consacrée à un seul alinéa. Sur Gabon Première, Marie-Madeleine Mborantsuo raconte comment une petite équipe de rédaction a aidé la Conférence nationale de 1990 à traduire les aspirations au changement en dispositions constitutionnelles. Un récit sur la fabrication du texte transitoire qui devait organiser la sortie du monopartisme.

Des centaines de participants, des débats prolongés et un petit groupe chargé de trouver les formulations communes : Marie-Madeleine Mborantsuo raconte les coulisses du texte constitutionnel transitoire de 1990. © Capture d’écran/Gabon Première
Comment écrire une nouvelle règle du jeu politique lorsque des centaines de voix veulent enfin se faire entendre ? Dans l’émission « Mémoire d’une Nation » du 6 octobre 2026, Marie-Madeleine Mborantsuo revient sur les travaux de la commission des institutions de la Conférence nationale. Représentante de l’Association des femmes juristes, elle a participé à ce chantier : préparer un cadre constitutionnel pour le passage au multipartisme.
Elle décrit une assemblée nombreuse, traversée par des expériences et des attentes diverses. « On était un peu plus de 300 personnes dans la salle, venues de tout horizon avec des formations diverses. » Sous la présidence de Simon Oyono Aba’a, la commission devait transformer cette pluralité de propositions en un texte susceptible de recueillir l’adhésion.
Une journée pour un alinéa
L’exercice dépasse la simple rédaction juridique. Pour les participants, la conférence constitue aussi un espace de parole nouvellement ouvert. Marie-Madeleine Mborantsuo évoque un « contexte surchauffé où chacun venait se défouler », avant d’en expliquer la raison : « C’était là l’occasion qui s’ouvrait à tous ces compatriotes de pouvoir s’exprimer librement. »
Cette liberté retrouvée donne aux échanges leur intensité, mais aussi leur longueur. « Pendant ces trois ou quatre semaines de travaux au sein de cette commission, il fallait écrire article par article », raconte-t-elle. La recherche d’un accord exige du temps : « On pouvait passer toute une journée sur un seul alinéa. »
Le mandat, lui, était clair : mettre un terme au monopartisme et concevoir les institutions appelées à garantir l’État de droit et les libertés individuelles. Chaque formulation devait donner une traduction juridique à cette ambition politique.
Un petit groupe pour trouver les mots de l’accord
Pour débloquer les discussions, Simon Oyono Aba’a fait appel à une formation plus restreinte. Selon le témoignage de l’ancienne présidente de la Cour constitutionnelle, il met en place une sous-commission réunissant plusieurs participants chargés de proposer des formulations.
« À 300, on ne pouvait pas du tout avancer », résume-t-elle. Le rôle de ce groupe consiste à reprendre les échanges et à rechercher un texte acceptable par l’ensemble de la commission. « C’est ce noyau qui est obligé d’aller trouver une écriture qui pouvait être acceptée par tous ceux qui étaient présents dans ce forum. »
Son récit éclaire ainsi une étape décisive : entre l’expression des attentes et l’adoption d’un texte, il fallait un travail de rapprochement et de rédaction. La petite équipe devait produire les formulations permettant à la discussion collective d’aboutir.
Faire adopter la transition par les institutions existantes
Une fois rédigé, le texte devait encore franchir l’étape de son adoption. Marie-Madeleine Mborantsuo rappelle que le PDG était alors un parti institutionnalisé et que la procédure constitutionnelle faisait intervenir deux organes de l’ancien système.
« Nous avons pu ainsi rédiger la Constitution dite transitoire, la faire adopter par la suite, par un collège composé de l’Assemblée nationale monopartiste à l’époque et le comité central du Parti démocratique gabonais », explique-t-elle. Elle situe cette adoption au 28 mai 1990.
Ce texte transitoire ne doit pas être confondu avec la Constitution du 26 mars 1991. Après la conférence, une commission spéciale de rédaction, à laquelle elle participe également, poursuit le chantier constitutionnel.
Le témoignage restitue cette succession : ouvrir le débat, trouver des formulations communes, faire adopter la transition, puis préparer la nouvelle Constitution. Derrière les grandes dates, il révèle un travail patient, parfois concentré sur quelques mots, pour donner une forme juridique au changement politique.
















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