Crise à l’Hôtel de Ville : des nominations annulées en silence pendant que le budget explosait
C’est un document qui aurait pu tout changer, ou du moins infléchir le cours des débats. Le 8 avril 2026, le maire de Libreville, Pierre Matthieu Obame Etoughe, a signé un arrêté annulant les nominations qu’il avait opérées au sein de son Cabinet en février. Mais selon une source digne de foi au sein de la mairie, ce texte n’était pas encore rendu public. Les conseillers municipaux qui, les 9 et 10 avril, ont rejeté le budget primitif 2026 à 142 voix contre sur 145, l’ignoraient totalement.

L’Hôtel de Ville de Libreville, théâtre d’une crise que ses propres murs n’ont pas vue venir. © Momo Fehcto
C’est un arrêté discret, mais politiquement éloquent. Signé le 8 avril 2026, soit vingt-quatre heures avant l’ouverture de la session budgétaire du Conseil municipal, l’arrêté n°0148/PE/CL/SG/DGRHAS existe, il est daté, signé et visé. Il annule dans toutes leurs dispositions les arrêtés n°000061 et n°000062/PE/CL/SG/DGRHAS du 23 février 2026, portant nominations au Cabinet du Maire de la Commune de Libreville. La motivation officielle, «les nécessités du service public communal», ne dit rien des circonstances réelles. Et pour cause : ce texte, selon nos informations, a été délibérément tenu à l’écart du débat public au moment même où il aurait pu en modifier la teneur.
Une controverse alimentée dans l’ignorance
Car c’est précisément autour du Cabinet du maire que la crise budgétaire a atteint son point de rupture. Lors de la session des 9 et 10 avril, les conseillers ont mis en cause l’explosion des charges de ce Cabinet, passées de près de 1,5 milliard à plus de 3 milliards de francs CFA dans le projet de budget primitif 2026.
Une hausse de près de 2 milliards, dénoncée comme symptomatique d’un document «irréaliste et non sincère» selon les termes du conseiller Régis Ulrich Nguema. Ce que ces mêmes conseillers ne savaient pas, c’est que les nominations ayant gonflé ces charges avaient déjà été annulées la veille.
Une décision dans l’ombre, des questions sans réponse
Ce séquençage soulève des interrogations légitimes. Si l’arrêté d’annulation n’était pas destiné à apaiser le Conseil municipal, puisqu’on a pris soin de ne pas l’exhiber, à qui s’adressait-il ? S’agissait-il d’un règlement interne, d’une décision prise sous pression mais assumée discrètement, sans en tirer le bénéfice politique possible ? Et surtout : quand et pourquoi ce texte a-t-il finalement émergé dans l’espace public ?
Ces questions restent ouvertes. Ce qui est certain, c’est que l’Hôtel de Ville de Libreville traverse une crise de gouvernance dont les ressorts, manifestement, ne s’affichent pas tous au grand jour. Le ministère de l’Intérieur, saisi à la suite du rejet du budget, aura à démêler bien plus qu’une simple impasse comptable.













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