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Basile Allainmat Mahiné est mort le 7 juillet 2011 en France. Le Gabon lui doit d’avoir porté haut son nom dans l’excellence artistique en Europe, pour ce qui est du design automobile, bien avant les indépendances. Au plan purement national, il est le créateur du « Monument aux Morts », l’initiateur de l’actuelle École d’arts et manufacture (Enam) de Libreville et le maître des grands peintres contemporains que sont Minkoe Mi Nzé, Walker-Onewin, Prosper Ekoré ou Maurice Mombo Mubamu, entres autres. (Légère réécriture d’un article paru en 2011 dans Gaboneco).

Le «Monument aux Morts» de Libreville dans les années 60. © Gettyimages

 

Le père fondateur des arts plastiques contemporains gabonais, Basile Allainmat Mahine, a quitté la terre des hommes le jeudi 7 juillet 2011 à Saint-Brieuc (France), à l’âge de 81 ans. Né en 1930, à la Montagne-Sainte de Libreville, il est très peu connu du jeune public gabonais alors que l’une de ses œuvres, le «Monument aux Morts», surplombe la place de l’Indépendance, près du mémorial du président Léon MBA à Libreville. Il s’agit de l’un des plus anciennes sculptures monumentales de Libreville, après le monument Charles N’Tchoréré.

Basile Allainmat Mahine et le «Monument aux Morts», œuvre qui survivra certainement aux multiples disciples du maître. © D.R.

Il est tout de même à déplorer qu’ayant été endommagée, en mai 2019, par un arbre tombé dessus du fait d’un orage violent, sa pointe qui vouvoyait les cieux s’est brisée. Reconstruite, elle n’est plus aussi haute qu’à l’origine. Les services chargés de sa réhabilitation ont voulu économiser béton et coût des échafaudages.

Formation, design automobile et œuvre au Gabon

Basile Allainmat Mahine entre à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 1948. Il y côtoie alors des contemporains qui deviendront des célébrités mondiales. Notamment, Jacques Nocher, designer automobile créateur de la Renault Clio, et César Baldaccini, sculpteur français connu pour ses séries des «compressions» de voitures et de ferraille et pour ses empreintes humaines monumentales. Basile Allainmat est le seul étudiant de sa promotion à avoir obtenu le Prix de Rome, une bourse d’étude pour les étudiants en art. Créé en 1663 en France sous le règne de Louis XIV, le Prix de Rome était attribué à des étudiants promoteurs sélectionnés à travers des épreuves éliminatoires réputées difficiles. Le Gabonais Allainmat Mahine y a accédé bien avant les indépendances. Ce qui dans le contexte de l’époque est une prouesse historique.

Au terme de ses études, il est engagé comme designer automobile à Simca, succursale française de Fiat. Il y crée la Simca Aronde, une berline familiale fabriquée de 1951 à 1963 qui est alors la voiture la plus vendue de France. Il crée également le prototype de la Fulgur, une voiture futuriste qui restera au stade de projet.

Rare photo de Basile Allainmat Mahine. © Flickr (Tous droits réservés par Nad Malemba)

Revenu en sa terre natale après son service militaire en Indochine, Basile Allainmat Mahine se fait notamment remarquer en remportant le concours pour la réalisation du «Monument aux Morts». Selon des témoignages concordants, ce monument, réalisé avec la contribution de ses compatriotes gabonais, fut moulé en un seul bloc dans un coffrage fabriqué à Port-Gentil, puis transporté à Libreville. Il devait être parachevé par la représentation des écussons des neuf provinces. Mais l’œuvre ne trouva pas son financement jusqu’au bout et ne fut pas achevée telle qu’elle avait été imaginée.

Au début des années 60, il suscite la création de la section Arts plastiques du Collège Technique de Libreville où il enseignera. Détachée du Lycée Technique en 1970, cette section deviendra le Centre National d’Art et Manufacture (CNAM), puis en 1983 l’École Nationale d’Art et Manufacture dont il a alors l’idée et sera le premier directeur. Il y formera la première génération de peintres gabonais modernes : Marcellin Minkoe Mi Nzé, Ernest Walker-Onewin, Prosper Ekoré et Maurice Mombo Mubamu, entres autres.

On doit également à Basile Allainmat la promotion de la pierre de Mbigou. Il a en effet ramené de la province de la Ngounié, les artisans Tsamba Baupala, Moulaloukou et Tanga pour créer le village de pierres taillées de Mbigou, situé à Alibandeng derrière le Camp de Gaulle à Libreville. Il est l’auteur, avec André Guyon, de l’ouvrage «Pierres de M’bigou : Recueil photographique sur l’artisanat des pierres de M’bigou».

Nombreux sont ceux qui souhaitent que le «Monument aux Morts» soit non seulement réhabilité par la reconstruction de sa pointe à sa hauteur originale et la remise de l’inscription qu’il portait à sa création («À ceux qui sont morts pour le Gabon – La Patrie reconnaissante»), mais aussi en terminant le projet originel de Basile Allainmat. Nombreux de ses anciens disciples sont vivant pouvant le faire mais n’attendent sans doute que l’aval des autorités et des moyens. Dix ans bientôt que le maître aura disparu.

 
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4 Commentaires

  1. Gayo dit :

    Voici des gens dont on devait parler pour inspirer notre jeunesse. Avant que les Bongo ne détruisent toutes les bases et acquis pour construire un Gabon rayonnant par la promotion de la médiocrité et du larbinisme à la Bilie Bi Nze ou à Ndemezo’o, il y avait encore un cadre dans ce pays pour permettre aux meilleurs d’entre nous de briller, prendre la place qui est la leur au sommet. La gouvernance et les priorités des Bongo ne les ont pas laissé l’opportunité de réaliser tout ce qu’il avait à offrir à ce pays à l’image de ce monument jamais fini. Avec la gestion abrutissante du système Bongo il est de plus en plus difficile de voir des gabonais briller dans des domaines techniques ou technologiques. L’argent est affecté dans la bêtise. Par exemple Léandre Nzue dont le niveau d’instruction ne lui permet pas d’avoir sur le plan conceptuel une vision élevée du développement de la ville de Libreville préfère avoir comme exploit à vanter, d’avoir fait à la mairie de Libreville, des recrutements inutiles dont le seul but est de trouver des électeurs pour Ali Bongo en 2023. Ne lui parlez pas de ce monuments surtout, c’est au dessus de son intelligence. Une bande de sorciers. J’imagine que ca ne plaisait pas au système pdgistes que ce monsieur veuille participer au développement du Gabon en se consacrant entièrement à sa passion. Il faut être leur obligés. Ils n’ont jamais connu c’est quoi l’effort, alors ils sont jaloux de ceux qui excellent dans le domaine, parce quand ils ne se plient, ils ont honte de pas pouvoir dire qu’il était lui aussi un chien fait ministre ou maire puisque les competences ils s’en foutent.

  2. BILOKO JAMES dit :

    j ai bien connu cet homme sa philosophie de la vie était un model du genre
    un simple appel a des dons pour la rehabilitation de cette sculpture devrait
    lui redonner sa splendeur et pour un montant qui ne sera pas celui de la cathédrale
    de paris

  3. beka dit :

    Bravo et merci, GR, de nous rappeler cet anniversaire pour valoriser les qualités de ce compatriote qui, je l’avoue et j’en ai honte, m’était complètement inconnu. Je me rends compte, en effet, que M. Basile Allainmat Mahine était une brillante icône pour son pays, un monument de l’intelligence à la gabonaise, le genre qu’on ne trouve plus, jamais célébré mais qui marque fondamentalement son époque ainsi que ceux qui, plus tard, désirent trouver dans le Gabon contemporain, d’autres personnes capables de servir de modèles aux jeunes générations, d’honorer et valoriser le patrimoine culturel de leur pays. Son parcours n’épate pas seulement des Gabonais comme moi ; il doit avoir marqué des gens d’autres nationalités de son époque tant en Europe, en Afrique et ailleurs, pour sa super intelligence et sa modestie. Parce que si Basile Allainmat Mahine avait été un « m’as-tu vu » comme on en voit aujourd’hui, (déjà la prospérité ne semble n’avoir gardé de lui qu’un simple et modeste cliché), certainement qu’il ne serait pas resté aussi inconnu de gens de mon espèce. C’est pourquoi je crois qu’il mérite d’être véritablement encensé dans tous les temps, par son pays le Gabon ; c’est pourquoi je suggère que son nom soit immortalisé à travers une institution d’enseignement technique (ou général, et pourquoi pas une université) du Gabon, et son œuvre accidentée, parachevée ! Le Gabon le lui doit.

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