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Les ralliements de Jean-Norbert Diramba, Jean-Pierre Doukaga-Kassa et Vincent Ella Menié au Parti démocratique gabonais (PDG) déroutent. Les intérêts du moment seront-ils suffisants pour panser les blessures d’hier ou taire les rancœurs et frustrations nées des trahisons passées ?

Diramba, Doukaga-Kassa et Ella Menié. Le PDG a malgré tout choisi de réintégrer ces personnalités. On ne peut avoir déversé des tombereaux d’injures sur quelqu’un et en faire son porte-étendard. © Gabonreview

 

À 15 mois de la prochaine présidentielle, le Parti démocratique gabonais (PDG) renoue avec ses vieilles habitudes. A 17 mois des prochaines législatives, il va à la pêche à la ligne. Comme toujours, il fait peu de cas du qu’en dira-t-on, des états de service ou de la réputation de ses prospects. Après la vague des fusions-absorptions, voici celle des débauchages individuels. En quelques jours, il a formalisé l’adhésion de trois cadres du parti Les Démocrates (LD), deux d’entre eux, en l’occurrence Jean-Pierre Doukaga Kassa et Jean-Norbert Diramba, se voyant promus au gouvernement. Si le troisième, Vincent Ella Menié, est toujours en attente, certains le voient hériter d’un beau fromage. Le PDG serait-il condamné à recycler le personnel ? Se sentirait-il dans l’obligation d’encourager et rétribuer la transhumance politique ?

Parcours pas toujours rectilignes

Jusque-là présenté comme le principal relais de Guy Nzouba-Ndama dans le Woleu-Ntem, Vincent Ella Menié était secrétaire général de LD. Auparavant, il était député PDG, membre du comité central. Agent-comptable de l’Assemblée nationale pendant 19 ans, Jean-Pierre Doukaga Kassa était député de Mougoutsi et trésorier général de LD. Plusieurs fois ministre, député, sénateur et même directeur général d’établissement public, Jean-Norbert Diramba est un vieux baroudeur de la vie publique. Longtemps cadre du PDG, il était maire de Mouila depuis 2018 et, accessoirement vice-président de LD. C’est dire si ce sont trois poids lourds de ce parti, mais aussi trois anciens militants PDG, trois personnalités aux parcours pas toujours rectilignes.

Le PDG peut se réjouir de ces prises de guerre. Il peut même en faire un mobile de fierté. Mais ces personnalités ne sont pas forcément des modèles de loyauté. De par leurs trajectoires, elles suscitent la circonspection voire la prudence. Vincent Ella Menié ? Avant de quitter le PDG en avril 2016, il fut l’homme-lige d’Emmanuel Ondo Méthogo pendant près de deux décennies. Quand on se remémore les frasques de l’ancien tout-puissant ministre d’Etat, on visualise dans quel environnement il a baigné. Jean-Pierre Doukaga Kassa ? Accusé de «subtilisation de documents comptables» au lendemain de la démission de Guy Nzouba-Ndama de l’Assemblée nationale, il fut jeté en prison. Même si tout le monde y avait vu une basse manœuvre politicienne, cet épisode a laissé des traces.  Pis, durant la fameuse tournée républicaine de Brice Laccruche-Alihanga, il fut l’un des rares parlementaires de l’opposition à être allé l’accueillir à Tchibanga. Jean-Norbert Diramba ? Pour l’opinion publique, il reste «Petit Léon Mba», pseudonyme acquis en raison de sa prodigalité. Mêlé à un retentissant scandale financier, il a aussi connu les geôles de Sans-Famille.

Un minimum de rigueur

Les ayant naguère vilipendés, le PDG a malgré tout choisi de réintégrer ces personnalités. Au-delà du bénéfice politicien, cette décision déroute. Contre-productive à maints égards, elle souligne une défaite morale. On ne peut avoir déversé des tombereaux d’injures sur quelqu’un et en faire son porte-étendard. On ne peut l’avoir présenté comme un voleur et lui confier des responsabilités publiques. On ne peut l’avoir soumis aux fourches caudines de la justice et tirer gloriole de son ralliement. Si Vincent Ella Menié n’a jamais eu de démêlés judiciaires, ces remarques valent pour ses deux compères. Sans chercher à les accabler, le PDG gagnerait à agir avec un minimum de rigueur. Sans tenter de les renier, il aurait intérêt à faire montre de la plus élémentaire des cohérences. Pour l’avenir, il serait mieux inspiré de ne pas instruire de procès en sorcellerie ou de se garder de basses manigances politiciennes.

Comme on peut l’imaginer, Jean-Pierre Doukaga Kassa sera le chef de file du PDG dans le département de Mougoutsi. Y fera-t-il cause commune avec Ferdinand Evariste Mbadinga Mombo, son contempteur d’hier, auteur d’une plainte à son encontre ? Comme on peut le prévoir, Jean-Norbert Diramba jouera le même rôle dans la ville de Mouila. Bénéficiera-t-il du soutien de Biendi Maganga-Moussavou, prié d’aller voir ailleurs pour lui faire de la place ? Comme on peut l’anticiper, Vincent Ella Menié va parcourir le département du Ntem. Le fera-t-il aux côtés de David Ella Mintsa ou de son ancien mentor, Emmanuel Ondo Métogho ? Les intérêts du moment seront-ils suffisants pour panser les blessures d’hier ou taire les rancœurs et frustrations nées des trahisons passées ? Pour diverses raisons, ces mariages de la carpe et du lapin pourraient ne pas fonctionner. A la fin des fins, leur principale victime sera la même : l’éthique et la vertu publique.

 
GR
 

2 Commentaires

  1. Mimbo na didy dit :

    Le ne sert à rien, sinon 2016 se serait passé autrement que ce que nous savons tous.
    Le PDG est épuisé par ses 54 Ans de règne,dos courbé sans projet fiable.

  2. Gayo dit :

    Ali Bongo sait pertinemment que promouvoir la prostitution politique. Mais comme il n’aime pas ce pays, il s’en fout du type de message et des modèles que devraient représenter les hommes politiques, dans un pays ou tout est politisé, pour les jeunes générations et l’impact sur les mentalités qui doivent changer pour renforcer nos valeurs morales.

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