Base navale envisagée à Port-Gentil, projets de casernes, formation d’officiers, coopération antipiraterie, équipements militaires et échanges entre marines : derrière l’arrivée toute récente d’un nouvel attaché de défense chinois à Libreville apparaît une coopération militaire beaucoup plus ancienne et étendue. Certaines infrastructures évoquées restent toutefois à l’état de projets. Mais un élément est désormais officiel : Brice Clotaire Oligui Nguema reconnaissait encore en 2025 que la discussion avec Pékin sur une base navale chinoise au Gabon restait ouverte.

À Libreville, le 7 août 2024, les véhicules militaires de Norinco donnaient déjà une traduction très concrète au rapprochement sécuritaire entre le Gabon et la Chine. © Communication présidentielle

 

Le colonel supérieur Zhang Song n’arrive pas en terrain vierge. Présenté fin juillet comme le nouvel attaché de défense de Chine au Gabon, cet officier passé par la Mission permanente chinoise auprès des Nations unies prend ses fonctions alors que Pékin et Libreville affichent leur volonté d’approfondir leurs échanges militaires. Le Chine Briefing, publication de l’ambassade chinoise, rappelle d’ailleurs que cette coopération constitue désormais un volet assumé de la relation entre les deux pays. Mais jusqu’où est-elle déjà allée ?

Une coopération militaire vieille de trente ans

Les premières traces officielles remontent loin. Le ministère gabonais des Affaires étrangères répertorie une convention du 27 août 1996 portant sur un don chinois de 1,5 million de dollars destiné à l’acquisition d’équipements militaires gabonais. Un autre protocole, signé en juin 2012, porte explicitement sur une assistance militaire chinoise accordée au Gabon sous forme de don.

En 2016, l’ambassadeur chinois annonçait déjà l’arrivée prochaine d’un attaché militaire à Libreville, l’envoi envisagé de matériel à l’armée gabonaise et rappelait l’octroi de bourses d’études à de jeunes Gabonais.

Le véritable changement d’échelle apparaît cependant en avril 2023. Dans la déclaration conjointe signée lors de la visite d’Ali Bongo en Chine, Libreville et Pékin s’engagent à renforcer la coopération entre leurs armées dans la formation du personnel, la lutte contre les criminalités transfrontalières, les équipements et technologies militaires ainsi que les exercices et entraînements conjoints.

Trois mois plus tard, une force navale chinoise faisait escale à Owendo. Des échanges opérationnels ont alors porté sur l’antiterrorisme, la lutte contre la piraterie et le sauvetage armé. Des militaires chinois ont également participé à la maintenance d’équipements de la marine gabonaise.

Port-Gentil, le dossier le plus sensible

C’est cependant Port-Gentil qui donne à cette coopération une dimension autrement stratégique. Dans un rapport publié en janvier 2025, le Sénat français affirme qu’avant le coup d’État du 30 août 2023, un accord avait été trouvé entre Ali Bongo et Pékin pour l’installation d’une base militaire chinoise à Port-Gentil. Le même rapport mentionne des projets de casernes sino-gabonaises, un centre de formation à la lutte contre la piraterie à Port-Gentil, un centre de maintien en condition opérationnelle de patrouilleurs chinois et un centre de formation au combat en forêt.

Prudence toutefois : le rapport parle de projets. Rien dans les sources publiques consultées ne permet d’affirmer que l’ensemble de ces infrastructures est aujourd’hui construit et opérationnel. En revanche, l’existence de discussions sur une base navale n’est plus une simple information provenant de sources étrangères.

En avril 2025, le ministère gabonais des Affaires étrangères a lui-même relayé les déclarations de Brice Clotaire Oligui Nguema sur le sujet. Le président indiquait avoir reparlé du projet avec Xi Jinping lors de son séjour en Chine de septembre 2024 et assurait que «la discussion reste toujours ouverte».

Il précisait néanmoins que le Gabon n’avait «pour l’instant» pas besoin d’une base militaire, donnant plutôt la priorité aux routes, aux hôpitaux et aux écoles. Mais il n’écartait pas l’hypothèse d’une contrepartie financière chinoise susceptible de financer ces infrastructures civiles. Le dossier n’était donc, au moins en 2025, ni adopté définitivement ni enterré.

Des équipements et Norinco dans le paysage

La coopération est déjà beaucoup plus concrète sur le terrain des équipements. En août 2024, les Forces de défense et de sécurité gabonaises ont notamment reçu 149 véhicules tactiques, blindés, ambulances et transports de troupes, ainsi que deux hélicoptères et différents équipements.

Le groupe public chinois Norinco, spécialisé dans les matériels militaires, apparaît parallèlement dans les discussions au sommet de l’État. En juin 2025, une délégation du groupe était de nouveau reçue par Oligui Nguema. La Présidence indiquait explicitement que les discussions avaient porté sur la possibilité de renforcer la coopération dans le domaine sécuritaire, dans le cadre de la diversification des partenariats stratégiques du Gabon.

Cette diversification est importante. Elle interdit de présenter le rapprochement avec Pékin comme un basculement exclusif du Gabon dans le camp chinois. Libreville continue d’entretenir des coopérations militaires avec d’autres partenaires.

Zhang Song, une nomination qui prend un autre relief

C’est dans ce contexte que l’arrivée du colonel supérieur Zhang Song prend davantage de sens. À elle seule, sa nomination ne constitue évidemment pas une révolution stratégique. Mais elle intervient après plusieurs années d’approfondissement continu : accords de coopération, formation, échanges navals, acquisition de matériels, présence de Norinco et discussions au plus haut niveau autour de Port-Gentil.

La Chine ne part donc pas à la conquête d’un terrain vide. Elle occupe déjà une place dans l’appareil de coopération militaire gabonais et cherche manifestement à la consolider. La grande inconnue demeure Port-Gentil. Oligui Nguema a publiquement laissé la porte entrouverte à Pékin. Tant qu’aucune décision officielle nouvelle n’est annoncée, parler d’une future base chinoise comme d’un fait acquis serait aller trop loin. Mais considérer le dossier comme définitivement enterré le serait tout autant.

 
GR
 

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