L’audit ramène les engagements financiers du Gabon à 9 524,643 milliards de FCFA, tandis qu’un PIB recalculé fait descendre le ratio d’endettement à 68,91 %. Mais derrière cette spectaculaire amélioration statistique, le gouvernement laisse sans réponse les questions essentielles. Le rapport a été transmis au FMI. Mais transmission ne signifie ni approbation ni reprise automatique de ces chiffres. Le véritable verdict viendra des données que le FMI utilisera dans ses propres évaluations.

Le Gabon affiche un endettement de 68,91 % du PIB. Reste à savoir si le FMI retiendra la même photographie. © GabonReview

 

Sur le papier, l’opération est spectaculaire. En trois mois, la dette et les passifs exigibles du Gabon sont passés d’une estimation proche de 11 700 milliards à 9 524,643 milliards de FCFA. Dans le même temps, le PIB retenu pour calculer le taux d’endettement a été établi à 13 822 milliards. Résultat : le pays affiche un ratio de 68,91 %, juste sous le seuil communautaire de 70 % du PIB.

Mais ces nouveaux chiffres racontent-ils toute l’histoire ? Plus de 2 175 milliards de FCFA ont été retranchés de l’estimation initiale, sans que le gouvernement précise les opérations concernées. Il s’est contenté d’en annoncer les conclusions dans un communiqué, sans publier le rapport détaillé.

S’agissait-il de doublons, de dettes déjà réglées, de créances rejetées ou de sommes reclassées ? Le rapport complet n’étant pas publié, le gouvernement présente le résultat sans permettre au public d’en vérifier la construction. Sollicités par GabonReview, les hauts fonctionnaires du ministère de l’Économie et des Finances déclarent le rapport d’audit exclusivement destiné au FMI.

Plus de 2 175 milliards sortis du tableau

En tout cas, la même opacité entoure les 9 524,643 milliards restants. Quelle part correspond à la dette extérieure ? Combien pèsent la dette intérieure, les arriérés dus aux entreprises et les autres passifs exigibles ? À quelles échéances ces sommes devront-elles être remboursées ?

La deuxième inconnue concerne le PIB. La nouvelle estimation de 13 822 milliards repose sur un rebasage des comptes nationaux, avec 2022 comme année de référence. Annoncé à Reuters dès octobre 2025 par Alexandre Barro Chambrier, l’opération est statistiquement normale : elle permet d’actualiser la mesure de l’économie et d’intégrer des activités jusque-là insuffisamment recensées.

Il reste cependant des questions essentielles. Où est la note méthodologique ? Quels secteurs ont été réévalués ? Quelle part de l’augmentation vient de la production réelle, de l’évolution des prix ou du simple changement de méthode ?

La Banque mondiale s’est-elle trompée ?

La Banque mondiale estime la croissance réelle du Gabon à 2,5 % en 2025. Ce chiffre n’est pas incompatible avec le nouveau PIB. La Banque mesure l’évolution de la production en neutralisant l’effet des prix, tandis que les 13 822 milliards représentent un PIB nominal établi selon une nouvelle base statistique.

La Banque mondiale ne s’est donc pas nécessairement trompée. Mais l’écart entre une croissance réelle limitée et l’augmentation apparente de la taille de l’économie impose une explication publique. Un PIB plus élevé sur le papier ne signifie pas que les revenus de l’État, les emplois ou le niveau de vie ont progressé dans les mêmes proportions.

Le FMI peut opposer ses propres calculs

Le FMI ne peut pas interdire au Gabon de publier ses chiffres. Il peut toutefois refuser de les reprendre tels quels. Ses services peuvent demander la liste des montants retranchés, réintégrer certains arriérés ou passifs, contester le périmètre retenu et effectuer leur propre analyse de viabilité de la dette.

Le Fonds peut également publier les chiffres des autorités gabonaises à côté de ses propres estimations. Si le pays sollicite un programme financier, la qualité des données devient encore plus décisive : une divergence importante pourrait retarder un accord ou des décaissements.

La question n’est donc pas de savoir si le FMI apposera un tampon «validé» sur l’audit. Elle est plus concrète : reprendra-t-il les 9 524,643 milliards, le PIB de 13 822 milliards et le ratio de 68,91 % dans ses prochaines publications ?

En attendant cette réponse, le Gabon est officiellement repassé sous les 70 %. Mais il reste à savoir si ses partenaires financiers regarderont la même photographie.

 
GR
 

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