Des laboratoires pharmaceutiques qui brevètent des molécules issues de plantes médicinales africaines sans reverser un franc aux communautés dont le savoir a rendu possible la découverte. Des savoirs ancestraux pillés, des ressources génétiques captées, une biodiversité mondialement convoitée mais localement jamais rémunérée. C’est à cette réalité que le Traité GRATK entend mettre fin. En adoptant le 22 mai 2026 le projet de loi autorisant sa ratification, le Conseil des ministres a choisi, discrètement mais fermement, de protéger ce que le Gabon possède de plus précieux et de plus invisible : ses richesses biologiques et les savoirs de ceux qui les gardent depuis des générations.

Les richesses invisibles du Gabon, les savoirs de ses forêts, ont trop longtemps enrichi d’autres : le Traité GRATK est là pour y mettre fin. © GabonReview / Illustration IA

 

Le Conseil des ministres du 22 mai 2026 a adopté un projet de loi autorisant la ratification du Traité de l’OMPI sur la Propriété Intellectuelle, les Ressources Génétiques et les Savoirs Traditionnels Associés, dit Traité GRATK, signé à Genève le 24 mai 2024. Un texte discret dans le communiqué, mais dont la portée est considérable pour un pays comme le Gabon, dont la forêt, la biodiversité et les communautés autochtones constituent un patrimoine d’une valeur inestimable, trop longtemps exploité sans contrepartie.

Le Traité GRATK est le fruit de vingt-cinq ans de négociations à l’OMPI. Son principe est simple : tout déposant d’un brevet fondé sur des ressources génétiques ou des savoirs traditionnels doit désormais indiquer d’où viennent ces ressources et qui les a transmises. Concrètement, un laboratoire pharmaceutique qui brevète une molécule issue d’une plante de la forêt gabonaise, ou une entreprise de cosmétique qui s’approprie un savoir médical des communautés Baka ou Babongo communément appelées Pygmées, devra le déclarer, et en assumer les conséquences juridiques. C’est la première fois que l’OMPI inscrit dans un traité des dispositions spécifiques pour les peuples autochtones et les communautés locales. Une avancée historique, vingt-cinq ans après le début des négociations.

La biopiraterie, c’est cela : s’approprier le vivant et le savoir des autres sans demander ni payer. Des cas documentés existent partout dans le monde — des brevets déposés sur des molécules issues de plantes médicinales africaines, sans qu’un seul franc n’ait jamais été reversé aux communautés dont le savoir avait rendu la découverte possible. Le Traité GRATK vise précisément à mettre fin à cette logique, en rendant obligatoire la traçabilité de l’origine des ressources et des connaissances utilisées dans toute demande de brevet.

Un enjeu existentiel pour le Gabon

Le Gabon n’est pas un pays ordinaire dans ce débat. Avec plus de 85 % de son territoire couvert de forêt tropicale, une biodiversité parmi les plus riches d’Afrique centrale et des communautés autochtones dont les savoirs ethnobotaniques sont d’une richesse considérable, il a, plus que beaucoup d’autres, intérêt à ce que ce type de traité entre en vigueur et soit effectivement appliqué. Des plantes comme l’iboga, dont le principe actif, l’ibogaïne, fait l’objet d’un intérêt croissant dans la recherche pharmaceutique mondiale sur les addictions, illustrent concrètement ce que la protection des savoirs traditionnels signifie en termes économiques et souverains.

Le nouveau traité entrera en vigueur une fois ratifié par 15 États. En choisissant de ratifier rapidement, le Gabon se positionne parmi les premiers adoptants, ce qui lui confère un rôle actif dans la mise en œuvre du traité et une voix dans les débats interprétatifs qui ne manqueront pas de suivre. C’est un choix stratégique autant que symbolique.

Ce que la ratification implique concrètement

Ratifier ne suffit pas. Pour que le Traité GRATK produise des effets réels, le Gabon devra adapter son droit interne : code de la propriété intellectuelle, règles d’accès aux ressources biologiques, mécanismes de partage des avantages, et mobiliser ses institutions scientifiques pour identifier et documenter les savoirs traditionnels susceptibles d’être protégés.

Il faudra surtout associer les communautés autochtones elles-mêmes à ce processus (les Baka, les Babongo, les Baghieli) et non les réduire à de simples bénéficiaires passifs d’une protection décidée sans elles. Leurs savoirs ne pourront être protégés que s’ils sont d’abord inventoriés avec leur consentement éclairé. Si cette volonté politique ne suit pas, la ratification du 22 mai restera un beau geste diplomatique, et les richesses invisibles du Gabon continueront d’enrichir d’autres.

 
GR
 

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