«Le clinquant des immeubles futuristes du front de mer ne fera jamais, à lui seul, le bonheur d’une Nation.» La formule est cinglante, et elle vise directement le discours présidentiel du 16 août. Le 22 août, la Coalition pour la nouvelle République (CNR) et ses partis alliés ont pris la parole pour en contester l’équilibre. Livrant une lecture exigeante de cet exercice, ce regroupement politique estime que les louanges et les inaugurations ne remplacent pas un bilan chiffré et vérifiable au service des familles gabonaises. Il exige que la «refondation» annoncée soit traduite en résultats concrets et réplique que la souveraineté se prouve par des comptes transparents.

Instantané de la déclaration du 22 août 2026. © D.R.

 

Pour ce regroupement politique, le droit de disposer de soi-même constitue une exigence permanente, qui se mesure à ce que l’État garantit chaque jour aux populations gabonaises : une école, un toit, des routes, de l’eau et de l’électricité, un système de santé capable de les soigner.

S’exprimant par la voix de Vincent Moulengui Boukosso, la Coalition livre une lecture sévère du discours prononcé par Brice Oligui Nguema à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance : saluer certains efforts tout en exigeant que la «refondation» annoncée repose sur des preuves chiffrées, et non sur le clinquant des inaugurations.

«Des formules là où nous attendions un bilan»

Or, constatent les opposants, le discours présidentiel du 16 août a «multiplié des formules là où nous attendions un bilan, de l’émotion là où des chiffres étaient nécessaires». La Coalition pointe des manques concrets en réaction aux annonces présidentielles. En éducation, elle note que l’augmentation du nombre d’admis aux examens est reconnue, mais sans précision sur le nombre d’écoles construites ni sur les montants engagés ; pour elle, la réussite statistique risque ainsi de masquer l’insuffisance des capacités d’accueil. Sur l’enseignement supérieur, elle évoque la promesse d’un recentrage vers des universités africaines qui laisse en suspens des questions sur les bourses, les passerelles et l’employabilité des diplômés.

Concernant la jeunesse, la CNR juge que l’exaltation rhétorique contenue dans le discours présidentiel ne remplace pas «une véritable politique de l’emploi». «À toute une génération en quête d’emploi, le discours a adressé cette exhortation : ‘Soyez persévérants !’ Mais persévérer dans quoi ? Persévérer dans la recherche d’un emploi pendant cinq ans, dix ans ? Persévérer dans le chômage ? La formule peut prêter à sourire. La réalité, elle, ne prête guère à l’humour», s’insurge la Coalition, pour qui encourager la persévérance n’est pas un plan d’insertion. Le logement, presque absent du discours du 16 août, préoccupe la Coalition. Elle rappelle un déficit évalué à plus de 200 000 logements et dénonce des déguerpissements menés sans relogement proportionné.

Prudence sur les infrastructures

Sur les routes, l’appel présidentiel à la «livraison progressive» des axes principaux souffre, selon elle, d’un manque de chiffrage (kilomètres réalisés, taux d’exécution, calendriers) qui empêche d’apprécier l’efficacité des chantiers. Les coupures d’eau et d’électricité, elles aussi reconnues par le chef de l’État, restent sans réponse chiffrée sur la régularisation des consommations, l’état des compteurs ou la facturation exacte.

En santé, l’ouverture de centres de proximité évoquée par le président est saluée, mais la CNR rappelle que la qualité se joue à l’hôpital, où plateaux techniques, médicaments et personnel restent insuffisants.

«La souveraineté ne se proclame pas»

Sur le plan économique et diplomatique, les annonces présidentielles (protocole d’accord avec Eramet, visite d’État à Paris) sont accueillies avec prudence. «La souveraineté économique ne se proclame pas dans un communiqué», rappelle la Coalition, qui demande des engagements chiffrés et des calendriers contraignants.

La Coalition refuse que l’image prime sur l’impact social. «Le clinquant des immeubles futuristes du front de mer ne fera jamais, à lui seul, le bonheur d’une Nation», a lâché Vincent Moulengui Boukosso. Selon lui, plus qu’une contestation formelle, la Coalition réclame « des faits, des chiffres et de la preuve ». Une reddition de comptes qui replace les besoins essentiels des familles au centre de la refondation.

 
GR
 

0 commentaire

Be the first one to leave a comment.

Post a Comment