La date du lundi 1er décembre 2025 restera gravée comme un jour de deuil au Lycée Paul Indjendjet Gondjout (LPIG). Enseignants et élèves sont sous le choc suite à la disparition brutale d’un professeur d’histoire-géographie, Alexandre Nguema Bibang, âgé de 61 ans. Il aurait subitement perdu la vie en plein milieu de sa leçon dans la classe de 6e J, la craie et l’éponge à la main, face à ses élèves ébahis.  Mais au-delà de l’émotion suscitée par la perte de ce pédagogue apprécié, ce drame met cruellement en lumière les conséquences du relèvement récent de l’âge de départ à la retraite à 62 ans sur les conditions de travail des fonctionnaires.

Le lycée Paul Indjendjet Gondjout (LPIG) de Libreville a enregistré le décès d’un enseignant en plein cours. © D.R.

 

Selon le récit du quotidien l’Union, fidèle à son poste malgré un âge où l’on est traditionnellement proche du repos, Alexandre Nguema Bibang était à pied d’œuvre dès les premières heures de la matinée. Après avoir salué son chef hiérarchique au portail, l’enseignant a dispensé ses deux premières heures de cours normalement. C’est au moment d’entamer les heures suivantes, entre 9h30 et 9h50, qu’il a été victime d’un malaise foudroyant. Il s’est effondré en classe, laissant une scène d’une intensité dramatique. Immédiatement alertés, les responsables du LPIG ont mobilisé le personnel soignant de l’infirmerie, qui a rapidement contacté le Samu social. Une ambulance et un médecin sont arrivés sur place en moins de 30 minutes, mais, malgré tous les efforts de réanimation, l’enseignant a dû être transporté au CHUL de Libreville, où son décès a été officiellement déclaré. L’information a été transmise à la famille et à la hiérarchie par le proviseur, plongeant la communauté éducative dans la consternation.

L’ombre des 61 ans : la lourde charge de l’enseignement

Alexandre Nguema Bibang avait 61 ans. Dans l’ancien dispositif, il aurait été à l’aube d’une retraite bien méritée. Contraint de poursuivre sa carrière jusqu’à 62 ans suite aux récentes réformes, il est décédé « en service commandé” un an avant de pouvoir bénéficier de son repos. Ce décès pose une question de société cruciale : dans quelles conditions physiques et psychologiques nos aînés sont-ils contraints d’exercer un métier aussi exigeant que l’enseignement jusqu’à un âge aussi avancé ? Le métier d’enseignant est notoirement éprouvant, combinant charges de cours, préparation, correction et gestion des élèves. Maintenir un tel niveau de performance et de résistance au stress jusqu’à 62 ans, souvent sans suivi médical régulier et avec un manque constant de moyens pédagogiques, pèse lourdement sur la santé.

Ainsi, ce drame souligne l’absence d’un dispositif systématique de prévention, de dépistage et de soutien psychologique et médical adapté aux fonctionnaires qui continuent de travailler au-delà de 60 ans. La disparition d’Alexandre Nguema Bibang, survenue au moment où il aurait dû s’approcher sereinement du terme de sa carrière, ne doit pas être un simple fait divers. Elle doit servir de signal d’alarme national sur la nécessité urgente de valoriser le métier d’enseignant en améliorant leurs conditions de travail et leur bien-être, surtout pour ceux approchant de la nouvelle limite d’âge.

Cet enseignant restera le symbole d’un pédagogue passionné, fidèle à sa mission jusqu’au bout. Sa mort tragique rappelle à la nation que négliger la santé et les conditions de travail de ceux qui construisent l’avenir, en les poussant à l’extrême limite de leurs forces, c’est compromettre l’avenir même du Gabon.

Thécia Nyomba (Stagiaire) 

 
GR
 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Poster un commentaire