400 milliards de FCFA auraient été consacrés sous Ali Bongo à résoudre le problème de l’eau à Libreville, a-t-on noté il y a quelque temps sur une émission de grande écoute de Gabon 1ère. Mais ont-ils réellement été dépensés ? GabonReview a tenté de refaire l’addition à partir des montants documentés des principaux projets. Entre marchés attribués, crédits annoncés, prêts mobilisés, décaissements effectifs et chantiers interrompus, une évidence apparaît : les comptes sont beaucoup moins simples. Et, à ce stade, les fameux 400 milliards restent introuvables.

Des milliards annoncés, des projets empilés, des robinets toujours à sec : combien a-t-on réellement dépensé ? © GabonReview

 

Dans les comptes de l’eau du Grand Libreville, les milliards s’accumulent depuis plus d’une décennie sans toujours raconter la même histoire. Remonter la trace de ces investissements conduit dans un véritable maquis de marchés, de financements et de décaissements. Au milieu de cette addition apparaît un chiffre considérable : 400 milliards de FCFA. C’est, selon Matin Week-End, l’émission de Gabon 1ère, ce que l’État aurait dégagé entre 2009 et 2016 pour résoudre durablement le problème d’eau du Grand Libreville. Quinze ans plus tard, les robinets restent régulièrement à sec. Le rapprochement est ravageur. La comptabilité, elle, l’est beaucoup moins.

Les documents publics consultés par GabonReview ne permettent pas, à ce stade, de reconstituer ces 400 milliards.

Une première addition autour de 90 milliards

Parmi les investissements les mieux identifiés figure la troisième conduite Ntoum-Libreville. Annoncée en 2011 autour de 60 milliards de FCFA, elle apparaît dans les bilans ultérieurs autour de 56 milliards.

À cette infrastructure s’ajoutent notamment quelque 16 milliards pour la conduite Ambowé-Agondjé et son château d’eau, ainsi qu’environ 19 milliards pour des réservoirs et une autre conduite. Première addition : autour de 90 milliards.

Mais Ntoum 7 complique sérieusement les comptes. Le contrat conclu avec Acciona pour cette nouvelle usine représentait environ 50 millions d’euros, soit près de 33 milliards de FCFA. Seulement, le chantier a été interrompu. Confondre la valeur du marché avec de l’argent effectivement dépensé serait donc hasardeux.

La preuve apparaît dans les propres comptes de l’État. En 2015, 81,2 milliards de FCFA de décaissements étaient prévus dans les secteurs de l’eau et de l’électricité. Seulement 7,2 milliards ont effectivement été mobilisés. La Direction générale de la dette explique notamment cet écart par le fait qu’aucun financement prévu pour Ntoum 7 et la conduite Ntoum-Kango n’a été débloqué cette année-là. Comme quoi, un milliard prévu n’est donc pas nécessairement un milliard sorti.

PIAEPAL, autre piège comptable

Même prudence avec le Programme intégré pour l’alimentation en eau potable et l’assainissement de Libreville (PIAEPAL). Lancé sous Ali Bongo, son volet eau représente officiellement environ 77 milliards de FCFA. Il s’agit d’un programme bien réel : renouvellement et extension de centaines de kilomètres de réseau, station de pompage, équipements et branchements. La BAD le présente toujours comme un projet en cours.

Mais là encore, additionner mécaniquement les 77 milliards au coût des autres projets reviendrait à assimiler financement approuvé, décaissement et dépense finale. C’est précisément ainsi que l’on peut fabriquer des centaines de milliards sur le papier.

Alors, combien ?

En rapprochant les ouvrages dont les coûts sont identifiés, les financements et les décaissements retrouvés, GabonReview peut retracer au moins quelque 140 milliards de FCFA autour des principales infrastructures et opérations d’eau du Grand Libreville. L’addition peut augmenter à mesure que sont intégrés d’autres investissements vérifiables.

Mais 140 milliards documentables ne font pas 400 milliards effectivement dépensés. Cela ne signifie nullement que les 400 milliards avancés par Gabon 1ère sont faux. Cela signifie que leur composition doit être produite : quels projets ? Quels exercices budgétaires ? Quels bailleurs ? Quels montants décaissés ? Quels ouvrages réceptionnés ?

La distinction est fondamentale, notamment lorsqu’il s’agit de rechercher d’éventuelles responsabilités judiciaires. Car parler de «400 milliards dépensés» suggère que cette somme est sortie des caisses ou a été effectivement mobilisée. Or les archives montrent au contraire des projets différés, des crédits non tirés et des marchés interrompus.

Il reste alors une question autrement plus précise que «où sont passés les 400 milliards ?». Quels montants ont réellement été payés, à quelles entreprises, pour quels ouvrages et avec quels résultats ? Tant que cette comptabilité consolidée n’est pas établie, les 400 milliards constituent une accusation spectaculaire. Pas encore un compte démontré.

 
GR
 

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