Alors que l’école gabonaise vacille sous le poids d’une grève générale qui menace l’année scolaire 2025-2026, une voix tranche avec le bruit de l’urgence sociale. Dans une tribune dense, argumentée et volontairement dérangeante, Alain-Claude Bilie-By-Nze refuse de réduire la crise à une simple affaire de soldes impayées. Il déplace le curseur, démonte les idées reçues et pose une question autrement plus explosive : et si le vrai problème de l’Éducation nationale n’était ni financier, ni conjoncturel, mais stratégique, politique et existentiel pour la Nation elle-même ?

Pour Alain-Claude Bilie-By-Nze, l’État gabonais gère l’école comme une dette, jamais une priorité stratégique, jamais comme un projet de civilisation. © GabonReview (montage)

 

Au moment où l’école gabonaise est quasiment à l’arrêt, prise en otage par une grève générale illimitée des enseignants qui compromet gravement l’année scolaire 2025-2026, une tribune publiée sur la page Facebook officielle d’Ensemble pour le Gabon vient percuter le débat public. Son auteur, Alain-Claude Bilie-By-Nze, refuse de s’en tenir au seul registre de l’urgence sociale et propose une lecture beaucoup plus radicale : la crise actuelle serait moins un accident conjoncturel qu’un symptôme d’un échec structurel ancien.

D’entrée, l’ancien Premier ministre récuse l’idée selon laquelle la grève porterait sur le statut ou les contenus pédagogiques. Elle est, écrit-il, «une grève de régularisation», les enseignants cherchant à «obtenir par la grève ce que l’État leur doit et qu’il aurait dû régler depuis plusieurs années déjà». Mais surtout, il démonte une «contre-vérité» devenue dominante depuis le 30 août 2023 : celle d’un gel total des carrières avant le changement de régime. «C’est faux. Les chiffres eux-mêmes le démentent», affirme-t-il, rappelant que, de 2019 à 2023, l’Éducation nationale a concentré près de la moitié des recrutements de la Fonction publique, avec «5 650 situations régularisées en quatre ans».

Une crise sociale révélatrice d’un malaise ancien

Pour Bilie-By-Nze, la légitimité actuelle de la colère enseignante tient moins à l’histoire administrative qu’au discours politique contemporain. Il cite sans détour l’engagement martelé par les autorités : «l’État a l’argent», ajoutant que certaines décisions récentes (amélioration du traitement des officiers généraux, annonce du service militaire obligatoire) prouvent que «le problème est moins budgétaire que politique».

Mais le cœur de sa démonstration est ailleurs. Depuis plus de trente ans, soutient-il, le Gabon se trompe de débat : «Ils réduisent l’école à un problème matériel et financier. […] Mais les moyens ne suffisent pas à faire une bonne école.» Augmentations salariales, recrutements et constructions ont existé, reconnaît-il, mais «pas à l’échelle des besoins, ni au bon endroit, ni au bon rythme», souvent en dehors de toute carte scolaire et sans correction des déséquilibres territoriaux.

L’école comme levier économique et politique de souveraineté

Le diagnostic devient plus sévère encore lorsqu’il évoque la qualité du système. L’école gabonaise, écrit-il, «n’a pas préparé les jeunes à l’économie réelle» et «continue de produire des cohortes de chômeurs, de sous-qualifiés et de diplômés en décalage avec l’économie». L’ancien Premier ministre s’appuie sur des constats internationaux sans appel : l’Afrique a «massifié la scolarisation sans massifier les compétences», et «l’emploi suit les compétences, pas les diplômes».

Dès lors, le leader d’Ensemble pour le Gabon appelle à déplacer radicalement le débat : quelle école pour quel développement ? Quels contenus pédagogiques à l’ère du numérique ? Quel enseignant, former et accompagner tout au long de sa carrière ? Quelle gouvernance, moins verticale et plus partenariale ? Quelle place pour le privé et le confessionnel, alors qu’«un élève sur trois est scolarisé en dehors du public» ? Et, surtout, quelle vision de l’école comme «première politique industrielle» et «première politique de souveraineté» d’un pays jeune et peu diversifié ?

La conclusion d’Alain-Claude Bilie-By-Nze sonne comme un avertissement stratégique : à force de réduire chaque conflit scolaire à une négociation financière, l’État risque d’oublier l’essentiel. «Une école n’est pas un poste de dépense. C’est le premier instrument d’un pays pour se développer, se moderniser et demeurer libre.» Dans un Gabon en quête de refondation, la crise éducative apparaît alors non plus comme un simple dossier social, mais comme un test majeur de vision et de cohérence politique.

 
GR
 

4 Commentaires

  1. Akoma Mba dit :

    Bravo pour cette critique constructive! Le Gouvernement n’a qu’à copier.
    Le gouvernement conservateur britannique au pouvoir vers les années 50 avait tout juste copier le projet de société du parti laboriste et mit en place le Welfare State,en français facile, le bien-être des vitoyens

  2. KIEM dit :

    Depuis quand « Bilé bi Zé » connait les choses de l’école, on se connait bien. Si je pouvais, je proposerais à Oligui Nguéma de confier à ce monsieur des « planches expérimentales » à modéliser et ensuite à généraliser pour tous les sujets sur lesquels il se prononce. Critiquer c’est permis, mais ce serait mieux de concrétiser ses propos par des actes sur le terrain, nous allons le soutenir s’il fait une telle démarche auprès du Président, mais compte tenu de son passif, cela laisse à réfléchir.

  3. Akoma Mba dit :

    Critique bidon Monsieur Kiem comme bon gabonais

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