Malgré l’évitement d’un scénario de crise en 2026, l’économie mondiale reste fragilisée. Le nouveau rapport de l’ONU anticipe une croissance limitée à 2,7 %, freinée par l’endettement élevé, les tensions commerciales et les incertitudes géopolitiques. Si la résilience de 2025 a permis de gagner du temps, les déséquilibres structurels persistent, dessinant un paysage économique instable et profondément asymétrique.

La croissance sur le continent africain atteindrait 4 % en 2026, en légère hausse, mais l’Afrique resterait exposée aux chocs climatiques et à un endettement élevé. © IMF/Stephen Jaffe

 

L’économie mondiale devrait éviter la rupture cette année, mais sans retrouver l’élan d’avant-crise. C’est la conclusion du rapport annuel World Economic Situation and Prospects publié jeudi par le Département des affaires économiques et sociales de l’ONU (DESA). L’organisation anticipe une croissance de 2,7 % en 2026, en léger recul par rapport à 2025 (2,8 %) et nettement inférieure à la moyenne de 3,2 % observée avant la pandémie.

Résilience en 2025, fragilités persistantes en 2026

L’an dernier, la vigueur inattendue des dépenses des ménages et le reflux progressif de l’inflation avaient permis de soutenir l’activité mondiale malgré la hausse des droits de douane imposés par les États-Unis. Mais cette résilience n’a pas dissipé les faiblesses structurelles : l’investissement reste limité et les marges de manœuvre budgétaires réduites.

Le rapport souligne que l’apaisement partiel des tensions commerciales a permis de contenir les perturbations les plus aiguës, mais l’impact différé des hausses tarifaires devrait se faire sentir davantage en 2026. Les risques demeurent élevés, notamment en raison de valorisations tendues dans certains segments liés aux progrès rapides de l’intelligence artificielle.

À cela s’ajoute un facteur structurel majeur : l’endettement mondial. Dans de nombreux pays en développement, le poids de la dette et le coût de l’emprunt restreignent fortement la capacité des pouvoirs publics à amortir les chocs.

«Une combinaison des tensions économiques, géopolitiques et technologiques est en train de remodeler le paysage mondial, générant une nouvelle incertitude économique et des vulnérabilités sociales», observe le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres. «De nombreuses économies en développement continuent de connaître des difficultés et, par conséquent, les progrès vers la réalisation des objectifs de développement durable restent lointains pour une grande partie du monde.»

Croissance asymétrique selon les régions

Derrière la moyenne mondiale se cachent des trajectoires contrastées :

  • États-Unis : croissance attendue de 2 %, portée par une politique monétaire et budgétaire plus accommodante.
  • Union européenne : ralentissement à 1,3 %, freiné par les droits de douane américains et une incertitude géopolitique persistante.
  • Asie : progression soutenue, mais en décélération, avec 4,6 % pour la Chine et 6,6 % pour l’Inde.
  • Afrique : croissance de 4 %, en légère hausse, mais exposée aux chocs climatiques et à l’endettement.

Commerce et investissement sous pression

Le commerce mondial avait surpris en 2025 avec une croissance de 3,8 %, mais devrait ralentir à 2,2 % cette année. Les investissements, eux, restent contraints par les tensions géopolitiques et les conditions budgétaires restrictives, malgré quelques poches de dynamisme liées à l’essor de l’IA.

La désinflation se poursuit : après 3,4 % en 2025, l’inflation devrait tomber à 3,1 % en 2026. Mais cette amélioration relative ne suffit pas à soulager les ménages.

«Même si l’inflation recule, les prix élevés et toujours en hausse continuent d’éroder le pouvoir d’achat des plus vulnérables», souligne Li Junhua, secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires économiques et sociales. «Pour que la baisse de l’inflation se traduise par de réelles améliorations pour les ménages, il faut préserver les dépenses essentielles, renforcer la concurrence sur les marchés et s’attaquer aux facteurs structurels à l’origine des chocs récurrents sur les prix.»

L’appel à un sursaut multilatéral

Face aux pressions persistantes, l’ONU appelle à une coordination internationale renforcée. Le rapport met en avant l’Engagement de Séville, issu de la quatrième conférence internationale sur le financement du développement, comme feuille de route : restructuration de la dette, élargissement du financement concessionnel et climatique, réforme de l’architecture financière internationale.

Autant de leviers jugés indispensables pour stabiliser une économie mondiale qui, sans sombrer, reste durablement sous contrainte.

 
GR
 

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