Pasteurs autoproclamés, fidèles exploités, dérives financières et scandales judiciaires : Edgard Moukoumbi veut mettre de l’ordre dans les Églises de réveil. À peine installé au ministère de l’Intérieur, il annonce une réglementation plus stricte des activités religieuses. Une offensive qui intervient après plus d’une décennie d’alertes sur les abus de certaines communautés et alors qu’un projet de loi est déjà en préparation.

Face aux dérives de certaines Églises de réveil, Edgard Moukoumbi annonce un encadrement plus strict des lieux de culte et des activités des prédicateurs. Reste à passer des paroles aux actes. © GabonReview

 

Le ton est donné. Lors de sa prise de fonction, le 15 octobre 2026, le nouveau ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation n’a pas pris de gants. Edgard Moukoumbi entend s’attaquer aux dérives de certaines Églises de réveil, dont le fonctionnement échappe, selon lui, à un encadrement suffisant.

«Il faut qu’on désintoxique notre pays. Ce n’est pas une passoire», a-t-il lancé, avant d’annoncer : «Nous allons réglementer les églises de réveil, nous allons aller chercher à regarder ce qu’il se passe dedans.»

Le ministre dénonce particulièrement l’emprise de certains prédicateurs sur les fidèles, notamment les jeunes. «Nos enfants sont des proies, au lieu d’aller travailler, ils sont à l’église matin, midi, soir. À quel moment on travaille ?», s’est-il interrogé. Il accuse également des individus venus de l’étranger de tirer profit de cette situation.

Un business religieux dénoncé depuis plus de dix ans

La sortie ministérielle remet sur la table un problème ancien. Dès 2013, GabonReview alertait sur les mécanismes d’enrichissement de certains prédicateurs, dans une enquête reprise en septembre 2018 sous le titre «Gabon : Jésus, un business qui rapporte gros».

En juin 2026, le journal revenait à la charge avec «Églises de réveil : une décennie de dérives, un État aux abonnés absents». L’article retraçait plusieurs affaires judiciaires impliquant des responsables religieux, entre accusations d’escroquerie, abus sexuels présumés et violences.

Derrière les promesses de miracles et de prospérité, certaines communautés sont soupçonnées d’exploiter la détresse de fidèles vulnérables. Mais ces dérives ne sauraient être imputées indistinctement à toutes les Églises de réveil.

Une réforme déjà engagée

Edgard Moukoumbi ne part cependant pas de zéro. Son prédécesseur, Adrien Nguema Mba, avait engagé dès juillet 2026 des consultations sur un avant-projet de loi relatif aux associations religieuses, aux cultes et aux traditions.

Le Conseil national des Églises pentecôtistes, évangéliques et de réveil (CNEPER) avait notamment participé aux discussions. Son président, le révérend Gaspard Obiang, a d’ailleurs appelé, le 17 octobre, à l’apaisement et au dialogue après les déclarations du nouveau ministre.

Reste à savoir ce que contiendra effectivement la réforme. Moukoumbi compare l’ouverture d’une Église à celle d’un cabinet médical ou d’une pharmacie, activités soumises à des conditions d’exercice. «Pareil pour les églises, on va réglementer tout ça», prévient-il.

L’exemple du Rwanda montre jusqu’où peut aller une telle politique : exigences de qualification, contrôle des bâtiments, reconnaissance juridique obligatoire et fermetures massives de lieux de culte non conformes.

La fermeté à l’épreuve du droit

Au Gabon, la Constitution garantit pourtant la liberté de conscience et la libre pratique de la religion. La réglementation devra donc concilier protection des fidèles, respect de l’ordre public et libertés fondamentales.

Contrôler les finances, sanctionner les abus, vérifier la conformité des locaux ou poursuivre les auteurs d’infractions relève de responsabilités publiques légitimes. Encore faut-il définir des règles transparentes, applicables à tous et assorties de voies de recours.

Après des années de controverses et de scandales, le problème ne manque ni de diagnostics ni de déclarations fracassantes. Le véritable test pour Edgard Moukoumbi sera de transformer son offensive verbale en règles applicables et en contrôles effectifs. Car réglementer les Églises est une chose. Faire respecter la loi, sans confondre foi et délinquance, en est une autre.

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Biswe dit :

    Lq liberte n’est pas la licence….on peut donc adherer a un ideologie et a une certaine foi, mais pas la pratiquer comme bon nous semble. C’est cela qui en en question.

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