ENDR d’Oyem : comment l’État gabonais a recruté 300 jeunes, puis les a abandonnés
Ils ont bravé les épreuves, décroché leur admission, sacrifié emplois et revenus pour se tenir prêts. Quatre mois plus tard, l’administration qui les a recrutés n’a pas jugé utile de leur dire quand, ni même si, leur formation commencerait. Une lettre confidentielle adressée au ministre de l’Agriculture, que GabonReview a pu consulter, expose avec une précision glaçante le naufrage organisationnel d’une institution censée former l’élite agricole gabonaise. Un document interne obtenu par notre rédaction achève d’en établir l’étendue.

Oyem, avril 2026. L’école est là, silencieuse et close. Quelque part dans le Gabon, 300 jeunes attendent qu’elle leur parle. © GabonReview
Tout avait pourtant bien commencé. En août 2025, le ministère de l’Agriculture lançait en grande pompe un concours national pour 240 places à l’École Nationale de Développement Rural d’Oyem. 818 candidats répondent à l’appel. Le jury délibère, l’arrêté tombe le 17 octobre 2025 : 300 admis, un quota même élargi au-delà des prévisions initiales. Signal fort, semblait-il, d’une volonté institutionnelle affirmée. Ce signal-là sera le dernier.

Les murs sont là, les chambres se préparent, les admis patientent. L’ENDR d’Oyem, prête pour tout, sauf à prévenir ses étudiants. © GabonReview
Car depuis, l’État s’est évaporé. Pas un mot, pas une note, pas un accusé de réception. Le 16 février 2026, soit quatre mois d’attente, de calculs et d’angoisses, le Collectif des admis saisit le ministre par courrier, dont GabonReview a obtenu copie. La prose est policée, mais les mots tranchent comme un scalpel : «aucune communication officielle n’a été faite concernant la date effective de la rentrée académique, le calendrier de formation, ni même la confirmation du démarrage des activités pédagogiques». Derrière la formule administrative, une réalité cinglante : l’administration a recruté des gens, puis a fait comme s’ils n’existaient plus.
Le préjudice est documenté, chiffrable, concret. Les signataires l’écrivent noir sur blanc : «plusieurs d’entre nous ont volontairement renoncé à des opportunités d’emploi, de contrats ou d’activités génératrices de revenus, par crainte d’être appelés à rejoindre l’école sans préavis». Des jeunes Gabonais ont donc organisé leur vie entière autour d’une promesse de l’État. Cette promesse, à ce jour, ressemble à un chèque sans provision.
Plus grave encore, le collectif en est réduit à interroger le ministre sur trois scénarios élémentaires : la rentrée aura-t-elle lieu cette année ? Si oui, quand ? Sinon, est-elle renvoyée à 2026-2027 ? Qu’une administration soit incapable de répondre à ces trois questions basiques, des mois après avoir publié ses propres résultats, dépasse le dysfonctionnement ordinaire. C’est une faute de gouvernance caractérisée.
Chambres prêtes, étudiants dans l’ignorance
Placardé devant l’école, un document interne obtenu par GabonReview en apporte la preuve irréfutable. Signée du Directeur de l’ENDR, Guy Aymar Mourende, et datée du 3 avril 2026, une note d’information convoque le seul personnel administratif à une réunion de travail ce mardi 7 avril, pour préparer «la rentrée des classes de la formation initiale» : affectation des chambres aux apprenants, règlement intérieur. L’école, pourtant, reste portes closes. Et les 300 admis ? Ils n’y figurent pas. Pas destinataires, pas informés, pas concernés, en apparence. L’administration règle les détails de logistique interne pour accueillir des étudiants qu’elle n’a toujours pas daigné prévenir. Elle prépare les chambres avant de convoquer les locataires. Le comble de l’absurde institutionnel.
À l’heure où le gouvernement martèle son engagement pour la formation professionnelle et le développement du capital humain, cette séquence (concours solennel, résultats officiels, silence abyssal, réunion secrète) illustre avec une brutalité désarmante le fossé entre le discours public et la réalité administrative. Former les cadres ruraux de demain ne saurait commencer par trahir la confiance de ceux qui ont osé y croire.















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