Enseignement supérieur : l’alerte rouge du collectif ‘Intelligentsia’
Après le primaire et le secondaire, l’enseignement supérieur gabonais s’avance à son tour vers une zone de rupture. Le collectif Intelligentsia, réunissant des enseignants-chercheurs de cinq établissements publics stratégiques, a formellement annoncé le 16 janvier 2026 la perspective d’une grève imminente. En toile de fond, des dettes pédagogiques massives, des carrières bloquées et des conditions d’enseignement jugées indignes, qui menacent désormais de paralyser durablement l’université gabonaise.

Avec ‘Intelligentsia’, la grève n’est plus une menace syndicale, mais un signal d’alarme lancé par l’université elle-même. (Image d’archive) © univuob.org
À peine l’enseignement primaire et secondaire paralysé par le collectif SOS Éducation, l’université gabonaise s’apprête à entrer à son tour dans une zone de fortes turbulences. Le 16 janvier 2026, le Dr Jean-Mariole Kombila Yebe, enseignant-chercheur à l’Université Omar Bongo (UOB) et porte-parole du mouvement Intelligentsia, a officiellement annoncé une menace de grève imminente. À l’issue de plus de trois heures de concertation, les représentants de cinq établissements publics majeurs ont acté le principe d’un mouvement collectif susceptible de bloquer durablement les cours et les activités académiques.
La mobilisation vise un périmètre stratégique : l’UOB à Libreville, l’Université des sciences et techniques de Masuku (USTM) à Franceville, l’Université des sciences de la santé (USS), l’Institut de recherche en sciences humaines (IRSH) et l’Institut national des sciences de gestion (INSG). Autrement dit, le cœur même du système d’enseignement supérieur public gabonais.
Une mobilisation hors cadre syndical classique
Le mouvement Intelligentsia se singularise par une rupture assumée avec les syndicats traditionnels, au premier rang desquels le Syndicat national des enseignants-chercheurs (SNEC). Intelligentsia reproche à ces structures leur incapacité à enrayer la dégradation continue des conditions de travail et d’enseignement. Cette stratégie rappelle celle de SOS Éducation, collectif non syndiqué qui a plongé, depuis le 5 janvier 2026, le primaire et le secondaire dans une grève illimitée.
Ce positionnement traduit un malaise plus profond : la perte de confiance dans les mécanismes classiques de négociation sociale. Pour Intelligentsia, la concertation institutionnelle a cessé d’être un levier efficace, laissant place à une action collective directe, pensée comme ultime moyen de pression sur les pouvoirs publics.
Revendications structurelles et conditions indignes
Sur le fond, les griefs sont lourds et largement documentés. Sur le plan statutaire, les enseignants-chercheurs dénoncent la non-régularisation de nombreuses carrières : textes d’intégration toujours en attente, retards de titularisation, blocages d’avancement, absence de reclassement après l’obtention des grades du CAMES. À cela s’ajoute une dette pédagogique abyssale. À l’UOB, seuls 150 millions de francs CFA ont été réglés sur 715 millions dus. À l’USTM, à peine 31 % des vacations du premier semestre ont été payées.
Les conditions matérielles achèvent de dresser un tableau préoccupant. Manque criant de salles de cours, enseignants sans bureaux, sanitaires défaillants, étudiants contraints de suivre les enseignements assis à même le sol à Franceville : les infrastructures ne suivent plus l’explosion des effectifs, sapant la crédibilité académique des établissements.
Ces tensions s’inscrivent dans un contexte déjà inflammable. À l’USTM, une grève est en vigueur depuis le 15 décembre 2025, après le non-respect d’un protocole d’accord signé fin octobre. À l’UOB, l’échec total des candidats gabonais au dernier concours d’agrégation du CAMES, en novembre 2025, a agi comme un révélateur brutal des fragilités du système. Quant à l’IUSO, il attend toujours sa part de la dotation présidentielle annoncée en mars 2025.
Si la menace d’Intelligentsia se concrétise, c’est tout l’édifice universitaire gabonais qui pourrait vaciller, exposant une crise structurelle désormais impossible à contenir par de simples annonces.














3 Commentaires
thanks for this
Il faut déjà lancer le mouvement.
La question de l’échec au dernier concour CAMES est un point clé de la qualité meme de nos enseignants…il y a un Quid concernant leur niveau véritable, ces derniers doivent aussi se remettre en question car les autres pays ayant rencontrés des succès au CAMES ne sont pas forcément mieux nantis que les enseignants Gabonais, alors question, pourquoi nos enseignants ont ils tous échoués brillament?
Merci