Les cérémonies de décoration de succèdent. Mais le Parlement de la Transition ne bénéfice toujours pas de cette reconnaissance symbolique. Au-delà des médailles, on consigne une certaine version de l’histoire.

En honorant certains acteurs tout en oubliant d’autres, on consigne une certaine version de la Transition. Si rien n’est fait, cet étrange oubli continuera d’alimenter des interrogations pendant des années encore, voire des décennies. © GabonReview

 

Après les festivités du 17 août, après la remise de médailles aux personnalités élevées dans l’Ordre national du mérite ou l’Ordre de l’étoile équatoriale, le pays a vécu une autre séquence mémorielle. Dimanche 30 août dernier à Makokou, d’autres personnalités ont reçu la médaille de la libération. Elles seront désormais appelées «Compagnons de la libération». Instituée par le décret n° 294/PT-PR/GCONA du 31 juillet 2024, cette distinction vise à «récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se sont distinguées dans l’action du coup de la libération (…) et dans le déroulement de la Transition». En lui-même, le principe ne prête pas à contestation. Bien au contraire. Il mérite d’être encouragé et soutenu. Comme partout ailleurs, le Gabon doit reconnaitre le mérite, saluer l’engagement et récompenser l’œuvre accomplie au service de l’intérêt général, de l’histoire, du pays et de son développement.

Rôle de premier plan

Tout au long de la Transition, des distinctions honorifiques ont été remises. Depuis l’entrée en fonction du président de la République, ce rituel est respecté. Ainsi, les cérémonies se succèdent. Les membres du bureau du Dialogue national inclusif (DNI) ont reçu les honneurs de la République. Les personnalités impliquées dans la conduite des chantiers d’infrastructures aussi. Certains noms ont parfois soulevé des interrogations, nourri l’incompréhension, voire la critique. Mais ces controverses ont toujours fini par s’estomper. Après tout, les dépositaires de l’autorité publique disposent du pouvoir d’appréciation et de la capacité à désigner les personnalités dignes de cet honneur. Pourtant, au fil du temps, certains oublis racontent une histoire beaucoup moins consensuelle. Certaines absences deviennent plus voyantes.. Il en va ainsi du traitement réservé aux anciens parlementaires de la Transition.

Près d’une année après la fin de leur mission, leur contribution au processus de Transition semble mal, ou peu, apprécié. A ce jour, aucun geste de reconnaissance ne l’a saluée. Certes, nombre d’entre eux ont déjà reçu des décorations. Certes d’autres, à l’instar de Charles-Henri Gey, ont été honorés. Mais ces distinctions ne sont nullement liées à leur qualité d’anciens membres du Parlement de la Transition. Pourtant, durant cette période, ils ont joué un rôle de premier plan. Comme l’ensemble de leurs collègues, ils ont participé à l’adoption du corpus juridique ayant permis la tenue de toutes les consultations électorales : référendum constitutionnel, présidentielle, législatives et locales. Mieux encore, en septembre 2024, ils ont assumé la responsabilité d’analyser l’avant-projet de Constitution. On avait alors parlé de quelques 800 amendements soumis à débat. C’est dire l’ampleur de leur travail, parfois politique, souvent technique, mais incontestablement déterminant pour l’avenir du pays.

Ni un droit ni une récompense automatique

Ce travail législatif appartient à l’histoire. Il peut être critiqué, réévalué à l’épreuve des faits. Mais il a contribué à un retour apaisé à l’ordre constitutionnel. Aujourd’hui encore, il produit des effets. Certes, aucun Parlement, aucune assemblée constituante, aucune transition politique n’échappe à la discussion. Mais peut-on, pour autant, banaliser le rôle des parlementaires de la Transition dans le processus de «restauration des institutions» ? Comment expliquer cette absence de reconnaissance ? Simple omission ? Décision politique ? Le travail abattu aurait-il été jugé peu pertinent ou en deçà des attentes ? Les amendements proposés lors de l’examen de l’avant-projet de Constitution auraient-ils finalement été interprétés comme une forme de résistance, d’obstruction ou de défiance ? Ou le pays aurait-il  simplement choisi de tourner une page sans s’attarder sur le rôle de certains acteurs ? En absence d’explications officielles, tant de supputations ont cours.

La Charte de la Transition ne prévoyait ni distinction ni gratification d’aucune sorte pour les parlementaires. De ce point de vue, la décoration ne saurait être ni un droit ni une récompense automatique. Elle demeure toutefois l’expression d’une gratitude collective, voire un encouragement à persévérer dans l’engagement au service de la collectivité. Dans des séquences historiques comme celle ouverte le 30 août 2023, la reconnaissance institutionnelle participe aussi à la construction du récit national. En honorant certains acteurs tout en oubliant d’autres, on consigne une certaine version de la Transition. Pourquoi le Parlement de la Transition devrait-il en être exclu ? Pourquoi n’a-t-il toujours pas bénéficié d’une reconnaissance symbolique à la mesure de sa contribution ? La question reste entière. Si rien n’est fait, cet étrange oubli continuera d’alimenter des interrogations pendant des années encore, voire des décennies. Et peut-être pour l’histoire.

 
GR
 

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