Franck Nguema : «Le rapport OMS 2025 appelle à une réforme de fond de la CNAMGS»
L’ancien ministre et élu Franck Nguema a tenu, ce lundi 8 juin 2026 à Akanda, un point de presse consacré au rapport annuel 2025 de l’Organisation mondiale de la Santé et à ses implications pour la CNAMGS. Prenant acte du débat national suscité par ce document depuis sa publication le 20 mai dernier, il a livré une lecture technique et politique qui tranche avec les interprétations en circulation. Son diagnostic est sévère, son orientation résolument constructive.

Franck Nguema à Akanda, le 8 juin 2026 à Akanda : «Le grand défi consiste désormais à garantir que chaque assuré puisse effectivement recevoir les soins auxquels il a droit.» © GabonReview
La polémique autour du rapport OMS 2025 a pris, en quelques semaines, une ampleur que son auteur n’avait sans doute pas anticipée. Entre lectures partisanes, réactions ministérielles et communiqués d’institutions, le texte original a été sollicité dans tous les sens. Franck Nguema a choisi d’y revenir avec méthode, en distinguant ce que le rapport dit réellement de ce qu’on lui a fait dire.
Ce que le rapport dit, et ce qu’il ne dit pas
Franck Nguema est catégorique : ni fraude, ni détournement, ni mise en cause des dirigeants de la CNAMGS ne figurent dans le rapport OMS. Le document pointe autre chose, un écart structurel bien connu des spécialistes : la différence entre couverture nominale (posséder une carte et un numéro d’assuré) et couverture effective (consulter un médecin, accéder aux médicaments, être hospitalisé dans des délais raisonnables).
Auteur de la préface du rapport OMS, le Dr Jeff Kabinda Maotela, officier en charge du bureau OMS Gabon cité par Franck Nguema, écrit que l’assurance maladie gabonaise «nécessite une réforme d’urgence», dans la mesure où elle «ne permet pas aux 76 % de la population enregistrée de bénéficier de services de santé complets de qualité». Pour Nguema, une conclusion s’impose : «Le Gabon a relativement réussi la couverture nominale, mais n’a pas encore réussi la couverture effective.»
Un diagnostic qui dépasse la seule question financière
Pour Franck Nguema, ce constat redessine les contours du débat. Dans son essai politique récent sur la lutte contre la pauvreté au Gabon, il présentait déjà la CNAMGS comme un système financièrement fragile appelant des améliorations. La lecture du rapport OMS rend ce diagnostic insuffisant. «Le véritable problème n’est pas seulement financier, administratif et organisationnel», estime-t-il. Le mal est plus profond : l’écart entre la protection promise et la réalité vécue par les assurés génère une frustration croissante qui, selon lui, «fragilise progressivement la confiance des populations dans le système de solidarité nationale»..
Cette frustration, souligne-t-il, se nourrit d’un paradoxe : les ressources publiques consacrées à l’assurance maladie universelle demeurent importantes, mais leur traduction en soins effectifs reste insuffisante. Le sentiment de protection incomplète qu’éprouvent des millions de Gabonais enregistrés à la CNAMGS constitue, à ses yeux, l’un des défis sociaux les plus urgents de la prochaine décennie.
Trois réformes pour un changement de paradigme
À la lumière de ce diagnostic, Franck Nguema formule des recommandations concrètes à l’attention du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Il propose de compléter la logique actuelle d’extension de la couverture par une «Garantie nationale de couverture effective des soins» : la réussite de la CNAMGS ne serait plus mesurée au nombre de cartes délivrées, mais au taux d’accès réel aux soins, à la disponibilité des médicaments, au reste à charge des ménages et au taux de renoncement aux soins.
Cette «Réforme 3» s’articule avec deux chantiers déjà identifiés : le renforcement ciblé de la couverture universelle au profit des plus vulnérables, et, déjà citée plus haut dans les recommandations au président Oligui, la refondation de la CNAMGS en agence nationale de performance sanitaire et d’achat stratégique des soins. «La réforme ne doit plus viser uniquement davantage de bénéficiaires, mais davantage de soins réellement reçus.»
Le lancement du Fonds 4 de la CNAMGS, en janvier 2026, destiné aux travailleurs indépendants jusqu’alors exclus, témoigne selon l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports et ancien élu du 2è arrondissement d’Akanda, d’une volonté politique réelle. «Le grand défi consiste désormais à garantir que chaque assuré puisse effectivement recevoir les soins auxquels il a droit.»
Le chantier est ouvert ; reste à y engager l’ambition que la situation commande.
Thecia Nyomba
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Note de la rédaction : GabonReview a publié le 1er juin 2026 un article titré «CNAMGS : l’OMS confirme que l’assurance maladie des Gabonais est une arnaque institutionnelle». Ce titre, assumé comme une lecture journalistique du rapport OMS, a suscité des réactions officielles, dont un communiqué du bureau OMS Gabon. La sortie de Franck Nguema relayée ci-dessus s’inscrit dans ce débat public et propose une analyse distincte des mêmes faits. Nous l’avons publié dans le respect du pluralisme éditorial.













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