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L’intégration des militants du Rassemblement pour la restauration des valeurs (RV) et des Sociaux-démocrates gabonais (SDG) au Parti démocratique gabonais (PDG) est une décision désastreuse sur le plan éthique. La «régénération» et la «revitalisation» ne sont ni une question d’âge ni une affaire d’hommes.

Si la justice avait voulu aller au fond des choses, l’opération «Scorpion» aurait pu s’intéresser à RV et SDG. Le PDG, refuge pour personnalités soupçonnées de malversations financières ou de manquements divers à la vertu publique ? © Gabonreview

 

Malgré de récurrentes critiques, le Parti démocratique gabonais (PDG) prend toujours autant de libertés avec la vertu publique. En dépit des enseignements de l’Histoire, il peine à se conformer à la morale. Au-delà des slogans, il ne s’encombre guère de considérations éthiques, se satisfaisant d’une pratique politique décriée. En l’espace de quelques jours, il a absorbé deux formations politiques à la réputation sulfureuse : le Rassemblement pour la restauration des valeurs (RV) et les Sociaux-démocrates gabonais (SDG). Du coup, on peut en prendre le pari : annoncé pour le 12 décembre 2021, son prochain congrès extraordinaire actera ces «fusions-absorptions», selon sa propre terminologie.

Coût politique

La «régénération» tant vantée passerait ainsi par une alliance avec des jeunes loups ayant jadis frayé avec des personnalités en délicatesse avec la justice. Quant à la «revitalisation», elle serait la résultante d’une alliance avec des opportunistes soupçonnées de recel. Même s’ils ne le reconnaitront jamais, les dirigeants du PDG le savent :  leurs néo-militants se singularisent par un parcours politique peu orthodoxe. Et pour cause : RV fut créé puis présidé par l’ancien ministre Tony Ondo Mba, aujourd’hui en détention préventive suite à des soupçons de corruption. SDG fut porté sur les fonts baptismaux puis présidé par Juste Louangou Bouyomeka, présenté comme l’un des principaux bénéficiaires des largesses financières de Christian Patrichi Tanasa, lui aussi accusé de «détournement de deniers publics, concussion et blanchiment de capitaux.» Pis, durant les élections couplées d’octobre 2018, les candidats de ces partis s’illustrèrent par une débauche de moyens à faire pâlir d’envie leurs nouveaux amis.

Certes, des doutes subsistent quant au financement de ces partis. Certes, l’argent en question n’a jamais été proprement tracé. Mais, l’opinion en est convaincue : une bonne partie des 85 milliards dérobés à la Société nationale des hydrocarbures (SNH, communément appelée Gabon oil company) a servi au financement des activités de ces émanations de la très controversée Association des jeunes émergents volontaires (Ajev), alors présidée par… Brice Laccruche-Alihanga, récemment condamné à cinq ans de prison pour «obtention frauduleuse de documents administratifs.» Si la justice avait voulu aller au fond des choses, l’opération «Scorpion» aurait pu s’intéresser à RV et SDG. L’ex-parti unique n’avait-il pas conscience de cette réalité ? Comment en est-il arrivé à fusionner avec ces partis ? Désastreuse au plan éthique, cette décision aura nécessairement un coût politique. De nombreux militants RV et SDG pouvant être mis en cause à tout moment, elle est révélatrice d’une faillite morale.

Manquements divers à la vertu publique 

Le PDG a pris le risque d’entacher encore plus sa réputation, déjà écornée par un curieux rapport à la chose publique. Comment prétendre lutter contre la corruption en ayant dans ses rangs des parlementaires élus grâce à l’argent sale ? Comment séduire les populations en s’acoquinant des personnalités réputées pour leur arrogance et leurs transgressions ? Quel respect pour les institutions quand certains militants les ont jadis narguées ouvertement ? Déjà, on le rappelle volontiers : lors du meeting de clôture de la tristement célèbre «tournée républicaine» de Brice Laccruche-Alihanga, d’aucuns n’hésitèrent pas à parler de «vague bleue», en référence à la couleur officielle de RV. C’est dire si ce parti joua un rôle déterminant dans l’un des plus burlesques épisodes de notre histoire récente. C’est aussi dire si ses dirigeants devraient en répondre, au lieu d’être protégés.

Pourtant, à la faveur de son prochain congrès, le PDG intégrera des militants RV et SDG dans ses instances dirigeantes. Parmi eux, certains pourraient même atterrir au secrétariat exécutif. Comme si leurs outrances passées n’avaient pas eu d’incidence sur le fonctionnement de l’Etat. Comme s’ils n’avaient pas profité du produit des rapines de leurs protecteurs d’hier. Comme si on avait décidé de les exonérer de toute responsabilité individuelle ou de minimiser les dégâts commis par l’Ajev. Le PDG, refuge pour personnalités soupçonnées de malversations financières ou de manquements divers à la vertu publique ? Eu égard à son actualité récente, on peut le penser. N’en déplaise aux zélateurs de tout poil, la «régénération» et la «revitalisation» ne sont ni une question d’âge ni une affaire d’hommes. Elles se rapportent plutôt aux pratiques et à une certaine compréhension de l’intérêt général.

 
GR
 

5 Commentaires

  1. Serge Makaya dit :

    Mon fils Roxanne Bouenguidi,tu écris bien le français. Félicitations! Dans ton article, tu fais savoir que le PDG à tort d’absorber des partis politiques à la réputation sulfureuse. Et tu n’as pas totalement tort. Mais tu oublies seulement que le PDG est aussi un parti politique à la réputation sulfureuse. Donc qui se ressemblent s’assemblent tout simplement. Un démon n’acceptera jamais de s’unir à un ange, de peur de brûler vif. Les ténèbres ne résistent jamais devant la lumière. A méditer mon fils Roxanne.

  2. A Ntare Nzame Maman mè wo dit :

    Bien dit Serge MAKAYA qui se ressemble, s’assemble. Le Rassemblement pour la restauration des valeurs (RV), les Sociaux-démocrates gabonais (SDG) et Le Parti Démocratique Gabonais, se ressemblent tout simplement.
    Comment est-ce que des personnalités soupçonnées de malversations financières ou de manquements divers à la vertu publique, des corrompues pourront-ils prétendre à l’avenir faire la morale de non corruption aux gabonais ?
    La situation économique actuelle de notre pays malgré les ressources considérables dont nous disposions et que nous avons encore et le niveau de l’endettement, le confirme au travers du rang qu’occupe notre pays parmi les pays les plus riches d’Afrique Centrale et de L’Afrique en général.

  3. Pascal NGOUA dit :

    Il n’y a plus rien à ajouter, Serge Makaya a tout dit en peu de mots : qui se ressemblent s’assemblent. Une personne malhonnête ne peut pas travailler avec une personne honnête. C’est impossible tout simplement. Donc, tous les autres partis politiques qui rejoignent ces jours ci le PDG sont tous des partis malhonnêtes.

  4. Milangmissi dit :

    Mine de rien c’est la première fois que Roxanne Bouenguidi fait un hors sujet monumental comme ça.
    Honnêtement c’est un peu bizarre de reprocher à un parti amoral le PDG de manquer d’éthique. Le pdg est un parti prédateur où la ligne de conduite c’est la jouissance solitaire loin de la morale et ceux de SDG et RV avaient exactement avaient la ligne. Les gens qui ont rejoint SDG et RV etaient des pdgistes dans l’ame, ces deux formations leurs ont juste permis de se frayer une place grâce à l’ancien messager intime celui-ci étant en disgrâce, il est dans leurs intérêt de repartir à la maison-mère

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