Une opération militaire estimée à près de 10 milliards de francs CFA, menée dans la discrétion et confiée à un intermédiaire privé controversé, place aujourd’hui le Gabon face à de lourdes interrogations. Selon Africa Intelligence, le président Oligui Nguema aurait mandaté le milliardaire burkinabè Mahamadou Bonkoungou, patron d’Ebomaf, pour acquérir des hélicoptères d’attaque Mi-35M dépendants d’une maintenance russe sous sanctions américaines. Coût élevé, montage fragile et dépendance stratégique : derrière ce contrat, les promesses de rigueur de la transition sont mises à rude épreuve.

Avec les Mi-35 russes, le Gabon ne s’offre pas seulement des hélicoptères de combat : il s’expose à une dépendance technique sous sanctions et à une facture stratégique frôlant les 10 milliards de francs CFA. (Maquette). © france-maquette

 

Une acquisition militaire à près de 10 milliards de francs CFA, conclue dans la plus grande discrétion, via un intermédiaire privé controversé, et portant sur des appareils dépendants d’une société russe sous sanctions américaines : l’opération révélée par Africa Intelligence soulève de lourdes interrogations. Selon la publication spécialisée, le président Oligui Nguema aurait mandaté le milliardaire burkinabè Mahamadou Bonkoungou pour acquérir des hélicoptères d’attaque Mi-35M, finalement introuvables avant d’être recherchés au Pakistan.

L’information aurait provoqué un trouble profond au sein des cercles militaires tout comme de l’opinion, qui l’a fait abondamment circuler sur les réseaux sociaux. Une affaire présentée comme stratégique, mais qui, à l’examen, cumule opacité, dépendances critiques et risques diplomatiques majeurs.

Selon la lettre confidentielle, Libreville avait initialement sollicité «deux à quatre appareils, qui auraient dû être livrés dès le mois d’août 2025». Or, souligne Africa Intelligence, l’intermédiaire, après avoir «empoché les bénéfices du deal», s’est retrouvé «dans l’impossibilité de livrer les aéronefs promis». La raison est implacable : les Mi-35, hélicoptères d’attaque de conception soviétique, sont devenus «une denrée rare sur les marchés de défense en raison de la guerre entre la Russie et l’Ukraine».

Un montage de contournement aux allures de fuite en avant

Pour démontrer sa capacité à honorer le contrat et calmer l’irritation présidentielle, Mahamadou Bonkoungou se serait alors tourné vers le Pakistan, qui exploite depuis 2018 une flotte réduite de Mi-35M. Deux de ces appareils pourraient être cédés au Gabon, officiellement pour «faciliter les déplacements du chef de l’État» et «traquer les contrebandiers en zone forestière».

Une justification qui peine à convaincre. Car derrière ce montage de contournement se cache une réalité autrement plus préoccupante : selon des documents consultés par Africa Intelligence, l’état-major gabonais alerte sur une série de «risques majeurs». En ligne de mire, la maintenance des appareils, assurée exclusivement par la société russe National Aviation Service Co, placée sous sanctions américaines depuis janvier 2023. «Cette dépendance limite les possibilités de révision des appareils», note la publication, alors même qu’une remise à niveau est jugée indispensable «au plus tard en 2026».

Une équation stratégique financièrement lourde et politiquement explosive

Le coût annoncé est en tout cas vertigineux : 16 millions de dollars (environ 9,6 milliards de francs CFA) pour deux hélicoptères, sans inclure la formation des équipages. Or, précise Africa Intelligence, «l’armée gabonaise ne dispose d’aucun pilote qualifié sur Mi-35», ce qui impliquerait un recours direct aux équipes russes sanctionnées. Une contradiction frontale avec les exigences de souveraineté, de résilience opérationnelle et de prudence diplomatique.

L’équation devient plus troublante encore à la lumière du parcours de l’intermédiaire. Patron du groupe EBOMAF, Mahamadou Bonkoungou a étendu rapidement son influence économique au Gabon depuis août 2023. Mais son éloignement forcé du Burkina Faso, après avoir «froissé le capitaine Ibrahim Traoré», s’inscrit dans un contexte de «soupçons de surfacturation» liés à un contrat de drones militaires. Un passif que Africa Intelligence rappelle sans détour.

Dès lors, la question n’est plus seulement militaire. Elle est éthique, stratégique et politique. Le Gabon, engagé dans un tournant politique qui promettait rupture, rigueur et exemplarité, peut-il se permettre une acquisition aussi coûteuse, juridiquement fragile et techniquement dépendante, en dehors de tout débat public structuré ?

À travers cette affaire, Africa Intelligence met à nu une fragilité plus profonde : celle d’un État encore tenté par des arrangements personnalisés dans un domaine (la Défense) où l’improvisation, plus que partout ailleurs, se paie toujours au prix fort.

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Jones dit :

    On send un journaliste qui pond des articles à la commande sans comprendre la profondeur du geste du chef de l’Etat. Comme dit Macron, pour exister dans ce monde, il faut être craint, pour être craint, il faut être puissant.
    Le Gabon ne pourra pas continuer à exister dans ce monde où le droit international laisse la place au plus fort sans moyens de dissuasion. Menant que que ça coûte cher, tant pis. La sécurité n’a pas de prix.

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