Gabon : 13 000 agents «fantômes», 105 milliards d’économies possibles
Des noms dans les fichiers, une présence à vérifier et une facture potentiellement considérable. Dans sa Revue des finances publiques du Gabon 2026, la Banque mondiale estime que l’élimination de 13 000 agents « fantômes » pourrait dégager 105 milliards de francs CFA. Un chiffrage qui place la fiabilité de la paie publique au cœur du débat budgétaire.

Illustration. La Banque mondiale estime à 105 milliards de francs CFA les économies potentielles liées à l’élimination de 13 000 agents « fantômes » du fichier de la fonction publique gabonaise. © GabonReview
Le fichier des agents de l’État recèle un gisement d’économies que la Banque mondiale chiffre à 0,8 % du PIB. Dans son rapport consacré aux finances publiques gabonaises, l’institution reprend une estimation de 13 000 travailleurs « fantômes », issue d’un recensement récent. Elle évalue les économies possibles à partir des dépenses salariales moyennes par agent. Le problème touche ainsi au contrôle d’une dépense récurrente : qui l’État rémunère-t-il, pour quel poste et pour quel service effectivement rendu ?
À la page 54de son rapport, la Banque mondiale avance un montant de 105 milliards de francs CFA. Cette somme correspond à une économie potentielle, calculée dans l’hypothèse d’une élimination des effectifs irréguliers estimés. Elle ne constitue ni une récupération annoncée par le Trésor ni le résultat d’un audit établissant, dossier par dossier, des paiements indus de ce montant.
Un fichier de paie à fiabiliser
L’appellation d’agents « fantômes » frappe les esprits. Le passage consacré à cette estimation ne détaille toutefois pas les situations individuelles concernées ni les suites administratives qui leur ont été données. Il ne permet donc pas de déterminer combien de dossiers ont déjà été corrigés, combien restent litigieux et quelle économie a effectivement été réalisée.
Le rapport invite précisément à renforcer les contrôles de présence et à conduire des audits périodiques du personnel, en citant le recensement de 2024. L’enjeu est de disposer d’un fichier suffisamment fiable pour rapprocher les effectifs déclarés, les affectations et les rémunérations versées.
La Banque mondiale préconise, à cette fin, un Système intégré de gestion des ressources humaines de l’État. Ce dispositif relierait la paie, le budget et la trésorerie à une même base de données. Chaque agent disposerait d’un identifiant unique, intégrant des éléments d’identification personnelle et biométrique.
Du recrutement à la retraite, suivre chaque agent
La recommandation va au-delà d’une opération ponctuelle de nettoyage. L’institution propose de numériser l’ensemble du parcours administratif, depuis le recrutement jusqu’à la retraite, en passant par l’évaluation des performances. L’objectif est d’améliorer la transparence, de maîtriser les coûts salariaux et de réduire les délais administratifs.
Cette maîtrise des effectifs devrait aussi servir à mieux répartir les personnels. Le rapport recommande des recrutements davantage orientés vers les services sociaux de base, un contrôle sélectif des embauches et une gestion plus active des départs dans les secteurs non prioritaires. Il appelle également à réaffecter progressivement des moyens financiers et humains vers les secteurs sociaux à fort impact.
Les 105 milliards donnent la mesure de l’enjeu. Pour passer de l’estimation au résultat, il reste à documenter les corrections apportées au fichier, les paiements interrompus et les économies constatées. C’est sur ce bilan vérifiable que pourra se mesurer l’assainissement de la paie publique.
















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