Bilie-By-Nze réclame la liste des bénéficiaires de l’amnistie, récuse «le gré à gré des marchés publics» et «l’arbitraire du Code de la nationalité»
Sous les lustres d’une conférence de presse, ce 1er avril, à Libreville, l’ancien Premier ministre et président d’Ensemble pour le Gabon (EPG), Alain-Claude Bilie-By-Nze, a abordé plusieurs sujets d’intérêt national. Entouré des leaders du PGP, de REAGIR, du PDN et du PSE, il a placé son intervention sous le sceau de la responsabilité républicaine et de la transparence. «Il y a dans ce pays des hommes et des femmes ancrés dans une opposition franche», a-t-il lancé, appelant les Gabonais à «garder confiance» et à ne pas céder à la peur. Il a ainsi interpellé sur l’amnistie, l’après-août 2023, les marchés publics de gré à gré, l’île Mbanié et le le Code de la nationalité.

Alain-Claude Bilie-By-Nze, le président d’Ensemble pour le Gabon, lors de sa conférence de presse du 1er avril 2026. © GabonReview
Animant cette conférence de presse ce mercredi 1er avril, l’ex-chef du gouvernement gabonais a organisé l’architecture de son propos sur quatre piliers. Il a évoqué l’amnistie liée au coup d’État du 30 août 2023, la question des marchés publics passés de gré à gré, les incompréhensions autour de m’affaire île Mbanié, et surtout le très controversé nouveau Code de la nationalité.
«Qui est concerné par l’amnistie ?»
Sur le dossier de l’amnistie, l’ancien locataire de l’Immeuble du 2-Décembre a exigé la publication intégrale de la liste des bénéficiaires, afin d’éviter «une forme d’amnistie à la carte». Pour lui, la reddition des comptes est indissociable du pardon républicain. «Qu’on sache dès à présent qui est concerné», a-t-il demandé, notant que «cette loi d’amnistie, à ce jour, ne donne pas la liste des bénéficiaires». Il souhaite donc la publication de la liste des bénéficiaires, qu’ils soient civils ou militaires. «Pourquoi est-ce que c’est important ? C’est important pour que ça ne soit pas une forme d’amnistie à la carte qu’on distribue à des copains, à des coquins, à des consanguins, pour les sortir des mauvaises situations. Qu’on sache dès à présent qui est concerné. Et que les militaires eux-mêmes se rendent compte de qui est concerné», a-t-il préconisé.
Cette même exigence de transparence a guidé sa dénonciation du recours répété aux marchés publics de gré à gré, qu’il a qualifiés de ferments de corruption et d’opacité. «On nous a promis la transparence, la bonne gouvernance. On nous a promis la fin des passe-droits. On nous a promis le retour à l’orthodoxie financière et budgétaire», a-t-il rappelé. Dans sa logique, la morale de l’action publique ne se satisfait pas des demi-mesures. Il faut, a-t-il insisté, connaître les entreprises attributaires, leurs actionnaires et les véritables bénéficiaires finaux, ce d’autant plus qu’«il se trouve que, de l’aveu même des gouvernants, plus de 93% des marchés passés dans notre pays, entre septembre 2023 et maintenant, ont été passés de gré à gré».
Affaire Mbanié : mutisme gouvernemental
Pour le président d’EPG, «le gré à gré signifie qu’on a donné à des amis, qu’on leur a confié des marchés sans étude préalable, sans avoir de financements sécurisés…, sans appel d’offres». «Quels sont ces marchés ? Quelles sont ces entreprises ? Les noms des entreprises. Les noms des actionnaires et banquiers des entreprises. Les noms des vrais propriétaires d’entreprises. Et, naturellement, l’identité des gérants», a-t-il questionné.

Vue des responsables des partis politiques et des journalistes présents à la conférence de presse. © GabonReview
À propos de l’affaire Mbanié, Alain-Claude Bilie-By-Nze a regretté le mutisme gouvernemental après la nomination d’un envoyé spécial chargé de mettre en œuvre la décision de la Cour internationale de justice. «L’opinion publique doit savoir qu’il s’agit d’un territoire national», a-t-il rappelé, refusant que le silence tienne lieu de stratégie. Il a réclamé des clarifications quant aux contreparties évoquées autour de Mongomo et d’Ebebiyin et mis en garde contre toute recomposition frontalière menée dans l’ombre du secret d’État. Au regard de cette nnommination, plusieurs questions se posent : «maintenant que le médiateur est désignée, que le gouvernement gabonais nous dise, première chose, comment ils entendent faire de Mbanié. Est-ce qu’ils entendent céder Mbanié ? Est-ce qu’ils entendent se soumettre à cet arrêt de la Cour internationale de justice ? Est-ce qu’ils entendent maintenir la souveraineté du Gabon sur l’île Mbanié ?». Pour lui, le territoire, la souveraineté et la dignité du pays ne se négocient pas dans le flou. «Nous voulons qu’il y ait, là-dessus, des éclairages, parce que l’opinion publique doit savoir qu’il s’agit d’un territoire national…», a-t-il fait savoir.
Code de la nationalité : «une arme politique», une menace directe contre la liberté d’opinion
D’autre part, c’est sur le nouveau Code de la nationalité que l’ancien chef du gouvernement a livré le cœur de son réquisitoire. D’abord, il en conteste la méthode. Il estime en cela qu’un texte aussi déterminant ne saurait être «imposé par ordonnance», sans débat ni dialogue national. Puis, il a récusé la substance, accusant la réforme de «presque effacer l’existant» et de créer «des catégories de Gabonais». Cette hiérarchisation lui paraît inacceptable. Ce qui lui fait dire qu’«un bon Gabonais pour prendre des balles doit pouvoir être un bon Gabonais pour diriger l’opération». Par cette formule, il a dénoncé une citoyenneté à deux vitesses, contraire à l’idée d’égalité civique et à la promesse républicaine d’un destin commun.
L’ancien Premier ministre a enfin pointé le danger du texte à savoir «le pouvoir donné au chef de l’État de retirer la nationalité à un citoyen». Il y décèle «une arme politique», une menace directe contre la liberté d’opinion et la pluralité démocratique. En confiant à un individu «le pouvoir de nous enlever ce que Dieu nous a donné», le nouveau Code, selon lui, outrepasse les fondements de la légitimité nationale.
«Le Gabon n’appartient à personne, sinon à ceux qui l’habitent, le portent et le défendent»
Il a donc appelé à «réécrire ce Code» dans un esprit d’union et de consensus, car «le Gabon n’appartient à personne, sinon à ceux qui l’habitent, le portent et le défendent». Bilie-By-Nze a ainsi dressé le portrait d’un pays qui, pour demeurer sa propre nation, doit refuser de céder à la tentation de la division civique et de l’«arbitraire institutionnel».












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