Gabon : des cadres Fang de l’Estuaire dénoncent leur mise à l’écart des nominations
Pas de directeur général, pas de secrétaire général de ministère, pratiquement pas d’inspecteur général des services : des cadres Fang de l’Estuaire s’estiment écartés de la haute administration. Les vérifications de GabonReview confirment l’essentiel de leur constat.

À Libreville, le siège du Vice-président du gouvernement, au cœur de l’appareil administratif où est censé se négocier, remaniement après remaniement, l’équilibre des nominations. © Marcel Sandja
Au Gabon, tout nommé est aussi un représentant. Dans la distribution des postes ministériels, administratifs et parapublics, une règle non écrite, la « géopolitique », veut que chaque province et chaque grand groupe ethnique voient leurs cadres représentés aux responsabilités.
«Géopolitique», une règle non écrite
Aucun texte n’en fixe les contours, mais chacun la connaît. Érigée en méthode de gouvernement sous Omar Bongo Ondimba, elle visait à répartir les responsabilités entre les neuf provinces et les communautés du pays, afin de contenir les potentielles rivalités dans une nation composée de nombreux groupes, dont aucun ne pouvait gouverner seul. Ses défenseurs y voient un garde-fou de la paix civile. Ses détracteurs lui reprochent de faire primer l’appartenance sur la compétence, d’entretenir le clientélisme et de nourrir les clivages mêmes qu’elle prétend apaiser. À chaque remaniement, les comptes se refont donc province par province, communauté par communauté.
C’est à cette aune que des cadres de la communauté Fang de l’Estuaire jugent le dernier remaniement ministériel. Dans un groupe WhatsApp, ils dénoncent un recul de leur place dans la haute administration, et affirment que ces équilibres continuent de peser dans les nominations. GabonReview a choisi d’occulter le nom des intervenants, certains d’entre eux étant connus du public.
Un remaniement perçu comme un signal
« Il y a des signaux qui ne trompent pas. Ils sont révélateurs d’une réalité que, par lâcheté ou par calcul, certains feignent de ne pas voir. Prenons le cas de la stratégique province de l’Estuaire. À elle seule, elle concentre les trois quarts de la population gabonaise. Et pourtant, le dernier remaniement est venu confirmer sa descente aux enfers », affirme le premier intervenant.
Il détaille le recul observé au sein du gouvernement. « Sur les quatre ministres Fang de l’Estuaire que comptait l’équipe sortante [Camélia Ntoutoume Leclercq, Laurence Ndong, François Ndong Obiang et Adrien Nguema Mba] il n’en reste plus que deux. Laurence Ndong, rescapée, et Adrien Nguema Mba, qui perd au passage le stratégique ministère de l’Intérieur pour hériter de la coquille vide du Travail. Cerise sur le gâteau : aucun fils Fang de l’Estuaire n’a été jugé digne d’être promu ministre d’État », déclare-t-il.
Le post du même internaute prend ensuite un tour plus sévère. « Disons-le sans détour : c’est un traitement d’enfant de la veuve qui est infligé à la communauté autochtone dont est pourtant issu le premier président de la République, Léon M’Ba », écrit-il.
«Un inventaire jugé accablant
Un autre intervenant renchérit : « la dégringolade est encore plus violente quand on jette un œil à la haute administration et aux sociétés parapubliques. Là, c’est le désert. Pas un secrétaire général de ministère, pas un directeur général, pas même un directeur général adjoint d’une régie financière par exemple. Rien. Et de cette situation des plus inconfortables surgit la question lancinante, celle qui fâche : à quoi aura donc servi la présence au gouvernement de Camélia Ntoutoume Leclercq, Laurence Ndong, François Ndong Obiang et Adrien Nguema Mba ? Eux qui prétendaient souffler à l’oreille du président Oligui Nguema, eux qui revendiquaient, un peu bruyamment d’ailleurs, leur leadership provincial de l’Estuaire ».
Un autre intervenant complète ce tableau. D’après lui, « la communauté Fang de l’Estuaire ne compte qu’un seul inspecteur général des services, un seul ambassadeur, un seul président de conseil d’administration ». Autant dire que ces cadres se disent absents partout.
Sous la Transition, trois directeurs généraux d’établissement public avaient pourtant été nommés au sein de cette communauté. Tous ont été limogés à tour de rôle, sans jamais retrouver de position de même rang. Pour ces cadres, le compte n’y est plus. Reste à savoir si ce malaise, exprimé pour l’heure en cercle fermé, trouvera un écho au sommet de l’État, ou si la « géopolitique » continuera de se régler, en silence, à chaque remaniement.
















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