S’achemine-t-on, au Gabon, vers un retour de la peine de mort ? Lors de la cérémonie de présentation des vœux au président de la République et à son épouse, le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec), Guy Bertrand Mapangou, a marqué les esprits par une proposition qualifiée d’«audacieuse» :  la possibilité du retour de la peine capitale au regard des nombreux crimes de sang enregistrés ces derniers temps dans le pays. Une démarche qui ne déplait visiblement pas au chef de l’État qui l’a instruit d’organiser une consultation populaire.

Le président Oligui Nguema et le président du Cesec, Guy Bertrand Mapangou, lors de la cérémonie des vœux, le 8 janvier 2026, à Libreville. © Communication présidentielle

 

Conduisant la délégation du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec) à la cérémonie de vœux au président de la République et à son épouse, Guy Bertrand Mapangou a rappelé que cette institution, la plus ancienne du Gabon, incarne la «mémoire sociale du pays» et regroupe «toutes les intelligences et expertises nationales». Dans son propos, il a plaidé pour une consultation populaire sur le rétablissement de la peine de mort, abolie en 2010 au profit de la réclusion criminelle à perpétuité. Ce, du fait de la recrudescence des crimes crapuleux, enlèvements et meurtres d’enfants.

La peine perpétuelle s’est révélée «un leurre parce qu’elle ne suffit pas à dissuader les criminels»

Guy Bertrand Mapangou a justifié son idée par les «attentes populaires» fortes, portées par les 94,85% des suffrages obtenus par le président de la République lors de l’élection du 12 avril 2025. «Oui, la sécurité des Gabonais, monsieur le président de la République. Ces attentes sont devenues pressantes parce qu’elles ont longtemps été différées ou négligées au point que, s’agissant précisément de la sécurité des Gabonais, des voix de moins en moins discrètes appellent au retour de la peine de mort face à la recrudescence de l’affreuse gangrène des crimes crapuleux, face aux enlèvements et meurtres sauvages d’enfants», a-t-il déclaré.

Et d’ajouter que la peine perpétuelle s’est révélée «un leurre parce qu’elle ne suffit pas à dissuader les criminels commanditaires, exécutants du crime organisé». Relevant le respect des engagements internationaux du Gabon, il a néanmoins rappelé le principe de souveraineté du pays lorsque «l’intégrité physique et morale de ses enfants est violée, brutalisée ou menacée».

«L’État ne laissera pas impunis les auteurs de ces crimes et leurs commanditaires, quels qu’ils soient»

La proposition a immédiatement retenu l’attention du chef de l’État, qui a répondu en instruisant directement le président du Cesec à organiser une consultation populaire. «S’agissant des questions de sécurité intérieure, vous êtes revenu sur le traitement des auteurs des crimes de sang crapuleux en évoquant la question de la peine de mort. À mon avis, cette réflexion doit être portée par le peuple souverain qui m’a élu», a indiqué le chef de l’État. 

Le locataire du palais du bord de mer a, par la suite, ajouté : «Je vous instruis donc d’organiser une consultation populaire sur cette question, mais je réaffirme avec fermeté que l’État ne laissera pas impunis les auteurs de ces crimes et leurs commanditaires, quels qu’ils soient». Une instruction qui ouvre la voie à un débat national, aligné sur la mission du Cesec d’éclairer les décisions publiques et d’anticiper les tensions pour une prospérité durable.

«Un instrument de répression plutôt qu’une vraie justice»

Malgré cet échange institutionnel au sommet de l’État, les réactions majoritaires des internautes et observateurs sur les réseaux sociaux expriment une vive opposition. Les uns comme les autres craignant «un instrument de répression plutôt qu’une vraie justice». «Plus Jamais ça, monsieur le président de la République ! Vous n’avez pas été élu pour instaurer la peine de mort dans ce pays. Parce que les commanditaires qui sont dans les arcanes du pouvoir n’ont jamais été arrêtés ni inquiétés, sauf les exécutants qui ont même du mal à s’expliquer devant le peuple», s’est insurgé un quidam. 

Un autre a renchéri, indiquant que «dans un pays sans foi ni loi, ce sont les combattants de la liberté qui seront les premières victimes». «Ne surtout pas y songer un seul instant ! Pour parler de peine de mort, il faudrait parler de justice. Au Gabon, nous n’en avons pas. Pire, si elle existait un tant soit peu, elle est aux ordres», a-t-il fait remarquer, tandis qu’un autre a relevé que «ce sont des innocents qui seront pendus, sinon les vrais coupables seront libres». 

 
GR
 

2 Commentaires

  1. Akoma Mba dit :

    Encore du gaspillage d’argent. La peine de mort ne résoud rien. C’est un système pour des sauvages. Sinon regardez les Etats Unis, le pays ayant le plus d de criminels. Faîtes face aux vrais problèmes et pas la poudre aux yeux pour dévier et manipuler la population
    On sent vraiment que nous avons un militaire au pouvoir. Du n’importe quoi

  2. NGUEMA-MINKO PROSPER dit :

    C’est pas une solution. C’est de la démagogie, un aveu d’échec d’un ancien ministre de l’intérieur. Pire, une résignation criminelle.

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