Gabon : l’association SOS Prisonniers appelle à dire non au retour de la peine de mort
Dans un contexte marqué par une recrudescence des crimes de sang et la proposition faite jeudi par le président de la République pour l’ouverture d’un débat national sur la peine de mort, l’organisation de défense des droits humains SOS Prisonniers Gabon a d’ores et déjà pris position ce vendredi 9 janvier 2026, en s’opposant catégoriquement à toute tentative de rétablissement de la peine capitale au Gabon.

L’association rappelle que la peine de mort a été officiellement abolie au Gabon en février 2010. © GabonReview
«SOS Prisonniers Gabon dit NON au retour de la peine de mort», lit-on ce vendredi sur la page Facebook de l’organisation de défense des droits humains, spécialisé dans la défense des droits des détenus. Cette prise de position intervient alors que le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), Guy Bertrand Mapangou, a fait part, la veille, lors de la cérémonie des vœux au président de la République et à la Première dame, de l’idée d’un référendum pour rétablir la peine de mort afin de répondre à l’augmentation des crimes de sang dans le pays. En réponse, Brice Clotaire Oligui Nguema a instruit l’organisation d’une consultation populaire sur cette question sensible.
Une opposition sans équivoque
Dans sa publication, l’association rappelle que «la peine de mort a été officiellement abolie au Gabon par la loi numéro 3/2010, du 15 février 2010 portant abolition de la peine de mort» — un cadre législatif qui met fin à toute application de la peine capitale, en cohérence avec l’adhésion du pays au Deuxième protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits civils et politiques. SPG Gabon dénonce une possible régression. «Au Gabon, personne ne peut être privé de sa vie, même sous couvert de justice», défend-elle, jugeant la peine de mort «cruelle, inefficace et fondamentalement injuste». Elle rappelle d’ailleurs que «la justice digne ne peut reproduire l’acte qu’elle condamne».
Pour soutenir sa position, SOS Prisonniers met en lumière plusieurs points essentiels : la peine de mort viole le droit à la vie, un droit fondamental protégé à la fois par la Constitution gabonaise et par les engagements internationaux ratifiés par le pays ; sa réintroduction serait irréversible dans un système judiciaire actuel jugé vulnérable face aux erreurs et aux influences politiques ; la lutte contre la criminalité ne se résume pas à la sévérité des peines. «Ce n’est pas l’absence de la peine de mort qui empêche de juger les auteurs de crimes graves», mais plutôt «l’impunité, le manque de volonté politique, et l’absence d’une justice véritablement indépendante»
L’association cite notamment l’absence de procès pour des affaires très médiatisées, telles que la mort du jeune Karl Stacy Akoué, torturé à mort en octobre 2023, et le décès de Johan Bounda dans des locaux de force publique en décembre 2024, pour lesquels les responsables n’ont pas encore été jugés.
Un débat public nécessaire, mais pas au prix des droits
Au-delà de la question pénale, SOS Prisonniers Gabon appelle à s’attaquer aux racines de l’insécurité par des réformes institutionnelles. «La vraie réponse à la criminalité passe par la prévention, l’indépendance de la justice, des enquêtes sérieuses et le respect de la dignité humaine», insiste l’organisation, qui rappelle une maxime forte : «La grandeur d’une nation se mesure à la manière dont elle traite ses plus faibles, même ceux qui ont failli.»
Alors que la perspective d’un référendum sur le rétablissement de la peine capitale est désormais inscrite à l’agenda public, la déclaration de SOS Prisonniers Gabon pourrait peser dans le débat en cours. La réaction des autres acteurs de la société civile, des experts en droit et de la classe politique reste à observer alors que le Gabon se positionne face à un enjeu qui touche à la fois aux valeurs fondamentales des droits de l’homme et aux attentes de sécurité de sa population.
En attendant, cette prise de position s’inscrit dans une série d’interventions publiques initiées ces dernières années par l’ONG sur l’état du système judiciaire et pénitentiaire gabonais, qui incluent des appels à améliorer les conditions de détention et à garantir l’indépendance de la magistrature.
















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