Coquille vidée de sa substance, temples désertés, caisses sous soupçon : à cinq mois d’une assemblée générale à hauts risques, L’Aube (n°444 du vendredi 12 juin 2026) raconte une franc-maçonnerie gabonaise qui se déchire et un patron déjà compté.

La une de l’hebdomadaire L’Aube sur les intrigues à la Grande Loge du Gabon. (Reformatée par GabonReview). © D.R.

 

Querelles de pouvoir, radiations en série, soupçons financiers et fauteuils convoités : à en croire le journal L’Aube, les «enfants de la veuve» marchent vers leur grande assemblée générale de novembre comme on marche vers un règlement de comptes. Trois ans après son intronisation, le Grand Maître Jacques-Denis Tsanga, par ailleurs gouverneur du Haut-Ogooué, n’incarnerait plus l’autorité mais la cristallisation de toutes les colères, au point que ses propres frères réclament désormais qu’il «rende son tablier».

Longtemps perçue comme une organisation discrète mais influente dans les sphères politique, administrative et sociale, la franc-maçonnerie gabonaise occupe une place singulière dans l’imaginaire collectif. Les uns y voient un cadre de fraternité, de réflexion et d’entraide, les autres un réseau fermé facilitant l’accès au pouvoir et aux privilèges. C’est cette image que L’Aube entreprend de confronter à une réalité qu’il juge nettement moins reluisante.

Une grande maîtrise née d’une rupture

Le récit de l’hebdomadaire rappelle d’abord un précédent inédit. Au lendemain du coup de force du 30 août 2023 ayant renversé Ali Bongo, Brice Clotaire Oligui Nguema, désormais président de la République, avait choisi de ne pas prendre la tête de la GLG. C’est finalement Jacques-Denis Tsanga qui fut installé Grand Maître le 10 février 2024, rompant avec une tradition qui voulait que la fonction revienne au chef de l’État.

Selon un «habitué des Temples» cité par le journal, le nouveau Grand Maître s’est employé à asseoir son autorité par des réformes touchant aux provinces maçonniques, aux finances, à la propriété foncière et au rayonnement international. La même source salue une dépolitisation de l’obédience, estimant que «Brice Clotaire Oligui Nguema a bien fait de ne pas devenir Grand Maître», et évoque sans nostalgie l’époque où Denis Amoussou «terrorisait ses frères de lumière». Une accalmie de courte durée, à en croire la suite du récit.

Des temples qui se vident

L’embellie n’aura pas tenu, poursuit L’Aube. L’hebdomadaire fait état d’un climat «délétère» à l’approche de l’assemblée générale : une fréquentation tombée autour de 30 %, à peine 200 membres actifs sur quelque 600 adhérents, des discours de défiance, une démobilisation et des radiations à répétition. De «cadre de fraternité», la GLG serait devenue, sous la plume du journal, «un repaire d’intrigants, une obédience sans âme».

Au banc des accusés, le Grand Maître lui-même. L’Aube relaie les reproches de frères qui dénoncent l’opacité entourant le coût de la future assemblée, estimé entre 50 et 60 millions de FCFA contre 100 millions auparavant, une centralisation excessive du pouvoir, la promotion d’un cercle d’amis et une posture jugée arrogante. À ces griefs s’ajoutent un épisode survenu dans un hôtel de Port-Gentil et une intervention contestée dans des juridictions autonomes, avec la suspension pendant un an du Suprême du Gabon dirigé par Joseph Owondault Berre, mesure sur laquelle l’intéressé serait revenu sous la menace de poursuites. D’où le mot d’ordre prêté à plusieurs frères : que le Grand Maître «rende son tablier».

Une succession déjà ouverte

Dans ce contexte, l’hebdomadaire fait circuler une longue liste de prétendants à la chaire du roi Salomon. Deux candidatures seraient déjà affichées : celle du TRF Bernard Mbangangoye, qui aurait lancé en pleine tenue «Je suis candidat à la grande maîtrise !», et celle du TRF Vane Jonas Kringer, donnée pour acquise. D’autres figures sont citées comme prétendants possibles, parmi lesquelles Alex-Bernard Bongo Ondimba, fils du défunt Grand Maître Omar Bongo, le TRF Léon Paul Ngoulakia, le Grand Chancelier Yann Franck Koubdje et Joseph Owondault Berre lui-même.

L’Aube évoque enfin des profils de transition, tels Lin Mombo, Michel Mboussou et Joël Ogouma, susceptibles de passer le flambeau à une nouvelle génération. Deux noms suscitent en revanche des réserves selon l’hebdomadaire, ceux de Léon Nzouba et du Grand Secrétaire Francis Codjié. Reste une interrogation que le journal laisse ouverte : cette fragmentation de la fraternité ne risque-t-elle pas de déboucher sur une scission, à l’image de la loge d’Owendo créée naguère par le Grand Maître Brice Ponga ?

Les mises en cause rapportées ici engagent la seule responsabilité de L’Aube et n’ont pu être vérifiées de manière indépendante par GabonReview.

 
GR
 

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