Grève à la DGEL : neuf mois de bras de fer autour des conditions du travail
Depuis près de neuf mois, les agents de la Direction générale des études et laboratoires (DGEL), administration rattachée au ministère du Pétrole et du Gaz, observent un mouvement de grève. À l’origine de cette mobilisation, plusieurs revendications liées aux conditions de travail, à la régularisation administrative, au renouvellement des équipements et au paiement d’une prime de performance budgétaire.

Les agents de la DGEL réclament «une équité sociale» et des « meilleures conditions de travail ». Leur banderole, le 2 septembre à Libreville. © GabonReview
Au Gabon, la Direction générale des études et laboratoires (DGEL), rattachée au ministère du Pétrole et du Gaz, joue un rôle technique dans le contrôle de la qualité et de la conformité des produits pétroliers, gaziers, hydrauliques et miniers. Stations-service, dépôts, carburants, huiles, eau, roches ou encore produits miniers figurent notamment parmi les éléments susceptibles de faire l’objet d’analyses et de contrôles.
Mais depuis plusieurs mois, ces missions seraient fortement perturbées par un mouvement de grève observé par les agents de la DGEL. Pour mieux comprendre les raisons de cette mobilisation et ses conséquences, une équipe de GabonReview s’est entretenue avec un membre du bureau exécutif du Syndicat national des agents du secteur hydrocarbures (Synahydro) le mercredi 2 septembre 2026 à Libreville.
16 revendications sur la table
Selon le syndicaliste, la grève dure depuis près de neuf mois et repose sur un cahier de charges comprenant 16 points de revendication. Parmi les principales exigences figurent l’amélioration des conditions de travail, la régularisation administrative de certains agents, la mise à disposition d’équipements adaptés, la formation des équipes ainsi que le versement d’une prime de performance budgétaire.
Le syndicat dénonce surtout l’insuffisance du matériel nécessaire à l’accomplissement des missions de contrôle. «Nous avons depuis près de quatre ans un budget de près de 3 milliards de francs CFA, mais triste est de constater que nous n’avons toujours pas de nouveaux matériels pour l’exercice de nos fonctions», déplore le représentant du Synahydro.
Pour les agents, l’enjeu est d’autant plus important que certaines missions nécessitent des appareils spécifiques pour effectuer les prélèvements et analyses dans des conditions conformes aux exigences techniques.
Des contrôles à l’arrêt
La situation inquiète également le syndicat sur le terrain. Les agents de la DGEL sont notamment chargés de prélever des échantillons de carburants et de lubrifiants afin d’en vérifier la conformité. «Les huiles de voitures, c’est nous qui sommes censés tout contrôler. Nous prenons les échantillons, faisons des analyses pour confirmer que tout est bon», explique le membre du bureau exécutif.
Or, selon lui, ces contrôles ne seraient plus effectués normalement. «Actuellement, nous vous assurons qu’on ne travaille pas. Les huiles ne sont pas contrôlées. Depuis deux mois déjà, il n’y a pas de contrôle de qualité», affirme-t-il.
Une situation qui, si elle perdure, pourrait créer un déficit de surveillance sur le marché des produits pétroliers et exposer davantage les consommateurs à des produits dont la conformité n’aurait pas été vérifiée par les services compétents. Tout en précisant que l’eau et les forages sont également concernés.
Des discussions sans avancée concrète
Sur le volet du dialogue social, le syndicat affirme avoir déjà été reçu par des responsables du ministère du Pétrole et du Gaz, notamment le directeur de cabinet et le secrétaire général. Mais ces rencontres n’auraient pas permis de débloquer la situation. «Sur les 16 points qui figurent dans notre cahier de charges, seuls deux points ont été abordés», regrette le représentant syndical.
Une nouvelle phase de négociations serait annoncée pour le 7 octobre, avec la reprise des discussions autour des cahiers de charges des différentes directions. Pour le Synahydro, cette perspective ne répond toutefois pas entièrement à l’urgence de la situation.
D’ailleurs, au-delà des équipements et des conditions de travail, la question de la prime de performance budgétaire (PPB) apparaît comme l’un des principaux points de blocage.
Le syndicat estime que les agents de la DGEL doivent pouvoir bénéficier d’une reconnaissance financière liée à leurs missions et à leur niveau de responsabilité. «Notre vrai problème, c’est la PPB», résume le syndicaliste. Le Synahydro dénonce par ailleurs ce qu’elle considère comme une forme d’inégalité dans le traitement des agents, alors que les missions confiées à la DGEL nécessitent, selon elle, des compétences techniques spécifiques.
Des agents formés mais peu utilisés
Le syndicat revient également sur la prestation de serment et la formation des agents appelés à exercer certaines missions de contrôle. «C’est pour tout ça qu’on a prêté serment. Mais on ne nous l’utilise pas», regrette le représentant.
Pour les syndicalistes, la question dépasse donc le seul cadre salarial. Elle touche directement à la capacité de l’administration à assurer ses missions régaliennes de contrôle, notamment dans un secteur aussi sensible que celui des hydrocarbures.
Le Synahydro appelle ainsi à une reprise effective des négociations et à la prise en compte de l’ensemble des revendications inscrites dans son cahier de charges. En attendant une éventuelle sortie de crise, le syndicat maintient la pression et entend poursuivre sa mobilisation.
Thécia Nyomba
















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