IHEM Gabon : une thèse sur le médiateur de la République ouvre le débat sur l’État de droit
Soutenue à l’IHEM Gabon, la thèse du Dr Givens Ikapi Dieudonné relance le débat sur l’indépendance du médiateur de la République. Entre exigences démocratiques, contraintes institutionnelles et ancrage dans les réalités culturelles africaines, ce travail ouvre des perspectives concrètes pour repenser la gouvernance et consolider l’État de droit au Gabon.

Le docteur Givens Ikapi Dieudonné (au centre) après sa présentation, le 11 avril 2026. © D.R.
La deuxième soutenance de la première promotion de doctorat de l’Institut des Hautes Études de Management (IHEM) du Gabon s’est tenue le 11 avril 2026, marquant une nouvelle étape dans l’affirmation de la recherche universitaire nationale. Organisée sous le regard attentif du président du groupe IHEM, le Dr Oyono Ebang Constant, cette journée scientifique a été saluée comme un tournant pour les institutions académiques gabonaises.
À l’honneur, le doctorant Givens Ikapi, désormais docteur, a défendu une thèse consacrée au rôle du médiateur de la République dans la consolidation de l’État de droit au Gabon. Un sujet sensible, qui met en évidence les défis d’une institution encore souvent perçue comme marginale, voire comme un simple instrument politique.
S’inspirant du modèle suédois, aujourd’hui adopté dans plus de 200 institutions à travers le monde, l’étude souligne le potentiel du médiateur comme acteur important de régulation sociale. Pour Ikapi Dieudonné, l’enjeu majeur réside dans l’indépendance de cette fonction. Il dénonce une vision réductrice et plaide pour une reconnaissance pleine de son rôle dans la stabilité démocratique. «Cette institution peut réellement contribuer à la régulation des conflits et à la consolidation de l’État de droit. Elle doit être un levier de paix et de justice», a-t-il soutenu.
Des échanges nourris et exigeants
Les échanges avec le jury, à la fois présentiel et à distance, ont été nourris et exigeants. Présidé par le professeur Olivier Germain de l’ESG UQAM (Canada), le jury international réunissait également des universitaires de renom, dont Birahim Gueye (Université Saint-Louis du Sénégal), Wandji (Université de Ndchang, Cameroun) et plusieurs enseignants de l’Université Omar Bongo.
Au cœur des débats : la question de l’indépendance, notamment financière, du médiateur. Le professeur Assoumou Ella Giscard a insisté sur les limites d’un dispositif dont le budget reste sous contrôle de l’État, pointant un risque d’ingérence incompatible avec une véritable autonomie institutionnelle.
Autre piste explorée : l’ancrage culturel de la médiation. Le jury a encouragé le nouveau docteur à approfondir le lien entre les pratiques modernes et les traditions africaines, où les sages jouaient historiquement un rôle de régulation sociale, afin de renforcer la légitimité et l’efficacité du médiateur au Gabon.
Le mode de désignation du médiateur
La question du mode de désignation du médiateur a également suscité des discussions. Jugé insuffisamment protecteur de l’indépendance, le processus actuel mérite, selon le doctorant, une réforme en profondeur pour garantir une fonction exercée à l’abri des pressions politiques.
Au terme de près de trois heures d’échanges intenses, le jury a salué la qualité du travail présenté, tout en invitant l’impétrant à poursuivre ses recherches. «Le doctorat n’est qu’un début», ont-ils rappelé, soulignant l’importance de prolonger la réflexion sur les enjeux institutionnels.
Dans un message à ses pairs, Ikapi Dieudonné a encouragé la persévérance : «Le chemin du doctorat est exigeant. Mais la recherche ne doit jamais s’arrêter». Au-delà de la consécration académique, cette soutenance ouvre un débat de fond sur l’évolution des institutions gabonaises. En croisant modernité et héritages traditionnels, elle propose des pistes concrètes pour renforcer l’État de droit et améliorer la gouvernance.













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