Justice financière : Mborantsuo raconte les années fondatrices du contrôle des comptes publics
Avant de présider la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo a participé à la mise en activité de la justice financière gabonaise. Sur Gabon Première, elle raconte la formation des premiers magistrats, le recrutement des spécialistes et l’engagement des contrôles. Un témoignage sur le travail concret qui a permis à une juridiction longtemps restée sans véritable activité d’exercer sa mission.

Aux origines de la Cour des comptes : Marie-Madeleine Mborantsuo revient sur le démarrage des contrôles en 1983 et le travail de formation des premiers magistrats financiers. © Capture d’écran/Gabon Première
Octobre 1983. À sa prise de fonction à la tête de la Chambre des comptes de la Cour suprême, Marie-Madeleine Mborantsuo engage, avec trois collègues, les premiers contrôles. Dès la fin de l’année judiciaire 1983-1984, un rapport sur les finances publiques est remis au président de la République, raconte-t-elle. Invitée de « Mémoire d’une Nation », sur Gabon Première le 6 octobre 2026, l’ancienne présidente revient sur les étapes de cette mise au travail.
Les missions de la Chambre étaient définies : contrôler les finances publiques et juger les comptes des comptables publics. Leur exercice effectif avait cependant tardé, explique-t-elle. Son récit remonte aux recrutements engagés à la fin des années 1970 pour constituer une première équipe.
Apprendre à contrôler les comptes de l’État
De jeunes diplômés sont alors appelés à se spécialiser. Marie-Madeleine Mborantsuo situe son intégration dans la magistrature en 1979, avec des collègues auxquels une formation en France doit apporter les compétences nécessaires. Leur mission, résume-t-elle, est de « donner vie à cette juridiction qui n’avait jamais fonctionné depuis les indépendances ».
« Nous allons donc bénéficier d’un stage de longue durée, d’un an », relate-t-elle. Ce parcours à la Cour des comptes française comprend également des stages pratiques au ministère du Budget et à l’Institut de l’administration publique. Cinq cadres bénéficient de cette formation.
Il faut apprendre un métier : examiner les comptes publics et appliquer les procédures du contrôle financier. Mais leur retour ne suffit pas immédiatement à lancer les travaux. Selon son témoignage, la juridiction reste sans véritable activité jusqu’à sa prise de fonction en 1983.
Une petite équipe, un premier rapport
Nommée en juin, elle entre en fonction le 1er octobre avec une priorité : « Rendre cette juridiction opérationnelle avec la participation de trois collègues. » Elle décrit une mise au travail rapide, suivie d’un premier résultat : « À la fin de l’année judiciaire 1983-1984, un rapport au président de la République sur le contrôle des finances publiques va être déposé. »
L’activité engagée doit désormais s’inscrire dans la durée. Pour cela, l’équipe a besoin de renforts. Enseignante à l’Institut de l’économie et des finances, elle y recherche des compétences : « Je vais m’atteler à recruter des spécialistes de finances publiques. »
Ces recrutements permettent, selon son récit, de consolider la juridiction et d’intensifier les contrôles dans les administrations, les entreprises publiques et parapubliques. Le travail s’appuie aussi sur des échanges avec des institutions étrangères.
Elle évoque des missions aux États-Unis, en France, en Allemagne, en Italie et au Sénégal. Il s’agit de recueillir des éléments de comparaison pour organiser la juridiction gabonaise, en bénéficiant de l’expérience de pays ayant une longue pratique du contrôle des finances publiques.
Transmettre le métier, étendre le contrôle
En 1994, la Chambre devient une Cour des comptes autonome. Marie-Madeleine Mborantsuo inscrit cette transformation dans une progression qui se poursuit avec les chambres provinciales.
Leur raison d’être, elle l’explique concrètement : « Il y a aussi des administrations qui gèrent les finances de l’État. Donc il fallait décentraliser le contrôle des finances publiques et créer au niveau local, au niveau provincial, des chambres de comptes provinciales. »
Cette extension répond, souligne-t-elle, au souci de rapprocher le juge du justiciable. Elle exige également de renforcer les effectifs : « Il faut un peu plus de magistrats pour pouvoir couvrir les besoins de toutes les collectivités locales. » La formation des juges financiers reste ainsi une condition du développement de la juridiction, comme elle l’était au temps des premiers recrutements.
















0 commentaire
Be the first one to leave a comment.