Derrière Kango, sa capitale Mbokville et la dynastie des Koukouloubilou, Éric Joël Békale a-t-il réellement cherché à brouiller les pistes ? Dans «Une vie de ministre», présenté en dédicace à Paris du 18 au 20 septembre, ler diplomate et écrivain choisit la fiction, change les noms, déplace certains rôles, mais parsème son récit de références si familières que le lecteur gabonais risque rarement de s’égarer.

Avec ‘’Une vie de ministre’’, Éric Joël Békale met en scène un Gabon à peine déguisé derrière Kango et Mbokville. L’ouvrage sera présenté et dédicacé à Paris du 18 au 20 septembre au salon “Lisons libres !”. © GabonReview (montage)

 

Il appelle son pays «Kango ». Sa capitale devient «Mbokville». Le parti qui règne depuis 1967 est rebaptisé «Parti Unique» (PU). À la tête de l’État trône Effah, également appelé Mokhtar Koukouloubilou, fils de Jean-François Koukouloubilou, lui-même ancien président de la République. À première vue, Éric Joël Békale a méthodiquement changé les noms.

Seulement voilà : autour de ces identités fictives demeurent Pierre-Claver Akendengue, Hilarion Nguema, Maurice Okoumba-Nkoghe, le franc CFA, Georges Rawiri, la Cité de la Démocratie, Genève, l’OMC ou encore l’OMPI. À un moment, l’auteur fait même évoluer ses personnages à Owendo. Le camouflage littéraire devient alors suffisamment transparent pour que le lecteur familier de l’histoire politique et administrative gabonaise puisse reconnaître le décor derrière les pseudonymes. Et c’est précisément là que réside l’intérêt d’Une vie de ministre.

La fiction comme paravent

Publié par Acoria Éditions, le livre prend soin d’établir sa ligne de défense dès les premières pages : il s’agit d’un «roman inspiré de faits réels», et non d’une autobiographie. L’auteur précise que l’ouvrage mêle événements et personnages authentiques à des situations ou des rôles parfois empruntés, parfois inventés.

Cette précaution donne à Békale une liberté considérable. Son narrateur, Ben Koulamoutou, diplomate de carrière, raconte de l’intérieur les frustrations administratives, les attentes de nomination, les réseaux d’influence, les fidélités personnelles et les petits arrangements qui accompagnent l’exercice du pouvoir.

Rappelé de Genève, il passe ainsi plusieurs années sans véritable affectation à Mbokville, jusqu’à se retrouver, selon ses propres mots, quasiment «au chômage», perdu dans les couloirs de son ministère. Le roman s’attarde alors sur une administration où les compétences peuvent rester inutilisées pendant des années.

Puis survient l’autre face du système : celle des relations personnelles et de la proximité avec les détenteurs du pouvoir. Quand un proche accède à la Primature, les appels affluent. Parents, connaissances et anciens amis imaginent déjà pouvoir obtenir postes et nominations. Plus loin, le narrateur décrit une conception du pouvoir dans laquelle le ministre est soumis à une multitude de sollicitations personnelles et sociales, bien au-delà de ses attributions officielles.

Un pays fictif rempli de réalités reconnaissables

Békale pousse parfois très loin le jeu de correspondances. Son Koukouloubilou-fils succède à son père à la magistrature suprême. Le livre évoque une Cité de la Démocratie dont le Palais des conférences aurait été démoli pour laisser place à un projet de golf resté sans suite. Le narrateur reçoit, en mars 2013, un «Prix Georges Rawiri de Poésie».

Ailleurs, le roman décrit une vie politique profondément polarisée, où toute critique peut être assimilée à une prise de position contre le régime, et où l’image du chef de l’État envahit bureaux administratifs et façades urbaines. Là encore, Békale ne prétend pas écrire un essai politique : c’est son personnage qui parle, dans un univers explicitement présenté comme fictionnel.

C’est probablement la clef de lecture du livre. Une vie de ministre ne demande pas seulement au lecteur de suivre les aventures d’un diplomate devenu membre du gouvernement. Il l’invite constamment à regarder derrière les noms.

Kango n’est peut-être pas juridiquement le Gabon. Mbokville n’est jamais officiellement présentée comme Libreville. Koukouloubilou n’est pas donné comme le nom d’un dirigeant gabonais réel. Mais Éric Joël Békale a laissé tant de cailloux sur le chemin que le lecteur gabonais aura probablement davantage de difficulté à ne pas reconnaître son pays qu’à le retrouver.

L’auteur sera à Paris du 18 au 20 septembre pour présenter et dédicacer Une vie de ministre au salon «Lisons libres !», à l’Espace des Blancs-Manteaux. Une occasion de découvrir un roman dont l’un des plaisirs sera aussi de se demander, page après page : qui se cache derrière qui ?

 
GR
 

1 Commentaire

  1. laurenralph32 dit :

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