Alibandeng : privés d’eau, des habitants interpellent Oligui Nguema
À l’heure où les élèves reprenaient le chemin de l’école ce lundi 7 septembre, quelques habitants d’Alibandeng, dans le premier arrondissement de Libreville, ont choisi de battre le pavé pour dénoncer leurs difficultés d’accès à l’eau potable. Pancartes en main et bonbonnes vides aux pieds, ils appellent les autorités, notamment le chef de l’État, à mettre fin à une situation qui, selon eux, dure depuis plusieurs mois, voire plusieurs années.

Des habitantes d’Alibandeng manifestant leur colère, le 7 septembre 2026. © GabonReview
À Alibandeng, la rentrée scolaire n’a pas commencé dans la sérénité pour tout le monde. Dès 8 heures, une poignée de riverains s’est retrouvée au lieu-dit Carrefour la Pompe pour faire entendre son ras-le-bol. Dans une atmosphère à la fois tendue et résignée, les manifestants brandissent des pancartes et répètent inlassablement le même mot d’ordre : «On veut de l’eau !»
Le décor en dit long sur leur exaspération. Des bonbonnes vides posées au sol, des pancartes improvisées et des habitants venus témoigner d’un quotidien rythmé par l’attente du précieux liquide. Pour certains, l’eau ne coule au robinet qu’un ou deux jours par semaine. Pour d’autres, elle a tout simplement disparu depuis des mois, voire des années, selon les secteurs.
«On veut de l’eau ! Alibandeng veut de l’eau !»
«On veut de l’eau ! Alibandeng veut de l’eau ! L’eau, c’est la vie. Trop, c’est trop !», lance Brice*, pancarte à la main.
Le choix du jour n’est pas anodin. «C’est la rentrée scolaire, nous avons besoin d’eau. Nous sommes dans la 5e République. Il n’est plus concevable d’être privé du minimum qu’est l’eau potable», poursuit-il, avant d’interpeller directement le président de la République.
«Monsieur le président de la République, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, intervenez. Faites quelque chose, s’il vous plaît. Vous êtes le père de la Nation», implore-t-il.
Sur l’une des faces de sa pancarte, le message est sans ambiguïté : «On veut de l’eau à Alibandeng dans toutes les maisons.» Sur l’autre, une formule plus ironique : «Non à la poussée d’Archimède.»
Une manière pour ce riverain de tourner en dérision l’une des explications techniques avancées, selon les habitants, au président de la République pour justifier les disparités d’approvisionnement en eau observées dans certaines zones du Grand Libreville.
Des réserves pour survivre au quotidien

© GabonReview
Dans les foyers concernés, l’irrégularité de la distribution impose une organisation quasi permanente. Lorsque l’eau revient, il faut remplir les récipients disponibles afin de constituer des réserves pour les jours suivants.
Une pratique qui n’est pas sans risques sanitaires, mais à laquelle certains habitants disent être contraints faute d’alternative.
Assise à même le bitume, Jeanne*, une pancarte posée devant elle et plusieurs bonbonnes vides à ses côtés, laisse éclater sa colère.
«Nous ne voulons plus l’eau des puits ou celle des forages, qui nous rendent malades ; et nous n’avons pas d’argent pour nous faire livrer de l’eau», lâche-t-elle.
Derrière la revendication collective se dessinent ainsi des difficultés très concrètes : se laver, cuisiner, nettoyer, assurer l’hygiène des enfants ou encore préparer leur rentrée scolaire deviennent des exercices quotidiens.
«Les locataires quittent nos maisons»
La pénurie aurait également des conséquences sur le logement dans le quartier.
«Les locataires quittent nos maisons parce qu’il n’y a pas d’eau dans les robinets. Nos maisons sont vides depuis des mois», affirme Annette*, visiblement préoccupée.
À quelques jours de la rentrée, son inquiétude porte surtout sur les enfants : «C’est la rentrée. Comment ferons-nous pour envoyer nos enfants à l’école cette année ?»
Une question qui traduit, au-delà du problème d’approvisionnement, le sentiment d’abandon exprimé par ces habitants.
De l’eau potable… qui coule dans la rue

© GabonReview
La mobilisation prend une dimension particulièrement symbolique lorsque des riverains conduisent Gabonreview à quelques centaines de mètres du lieu du rassemblement, au lieu-dit «derrière le Grand Collège».
Là, au beau milieu de la chaussée, de l’eau s’échappe d’une plaque d’égout et s’écoule continuellement sur la route.
Pour les habitants, le contraste est difficile à accepter : alors qu’ils remplissent des bidons lorsque l’eau revient aux robinets, une importante quantité d’eau potable semble se perdre dans la rue.
«Ça fait plusieurs mois que ça dure, mais la SEEG ne semble pas pressée d’intervenir. C’est pourtant de l’eau qui aurait pu servir aux populations de ce quartier», peste un riverain.
Sur place, tout laisse penser qu’une conduite située sous la plaque d’égout présente une défaillance. Une fuite dont l’ampleur et la nature devront toutefois être établies par les services compétents.
Reste que, pour les habitants d’Alibandeng, l’image est devenue difficilement supportable : d’un côté, des robinets à sec ; de l’autre, de l’eau qui se perd sur la chaussée.
Au terme de cette matinée de protestation, leur revendication tient en quelques mots, répétés comme un leitmotiv : de l’eau, régulièrement et dans toutes les maisons.
À quand une intervention de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) sur cette fuite ? Et surtout, à quand un approvisionnement régulier en eau potable pour les habitants d’Alibandeng ?
*Prénoms modifiés à la demande des intéressés.
















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