Kévazingo pré-convention : l’État gabonais passe au crible les stocks historiques
Dans le cadre des 100 jours du gouvernement pour le ministère des Eaux et Forêts, une vaste mission d’inventaire des stocks pré-convention de Kévazingo a été lancée. Déjà déployée dans les provinces de l’Ogooué-Ivindo et du Woleu-Ntem, cette opération vise à recenser et valoriser les bois existants tout en garantissant leur exploitation légale et durable.

Des bois de Kévazingo répertoriés sur site. © D.R.
Au Gabon, une vaste mission d’inventaire des stocks de Kévazingo pré-convention est en cours dans cinq provinces du pays. L’objectif : rendre accessibles et valorisables les stocks existants de cette essence emblématique, tout en garantissant leur exploitation légale et durable. Au nombre des espèces concernées, le Guibourtia tessmannii, le Guibourtia pellegriniana et le Guibourtia demeusei. Le Kévazingo a été inscrit à l’Annexe II de la CITES lors de la 17ème réunion de la Conférence des Parties (CoP17) le 5 octobre 2016 à Johannesburg. Cette inscription encadre strictement le commerce international de ses grumes, bois sciés et placages.
Depuis le 2 janvier 2017, toute exportation nécessite un permis CITES, attestant de la légalité et de la durabilité de la récolte. Dans ce contexte, le Gabon a lancé l’inventaire des stocks pré-convention afin de valoriser les bois coupés avant 2017. Cette initiative vise à concilier développement économique, préservation de l’espèce et prise en compte des besoins sociaux des populations. La mission mobilise des équipes pluridisciplinaires : agents paramilitaires des Eaux et Forêts, SNTBG, autorités scientifiques CITES, officiers de police judiciaire, ONG nationales et internationales, ainsi que les médias.
Une mission sous le signe de la transparence
La commercialisation du Kévazingo au Gabon repose désormais sur trois piliers : gestion durable, traçabilité et transformation locale. « L’abattage n’est autorisé que dans des concessions aménagées, et l’accent est mis sur la lutte contre le trafic illicite », explique le colonel Christophe Igaboughi, chef d’équipe Ogooué-Ivindo où, 17 sites ont été recensés. Il souligne également l’importance de la création de valeur ajoutée au Gabon, avec des systèmes de géo-référencement garantissant l’origine légale du bois et le respect des normes CITES. La mission consiste à recenser, mesurer et évaluer les stocks pré-convention.
«Le gouvernement ambitionne de revaloriser tous les stocks de bois, en particulier de Kévazingo, qui ont été coupés avant la mise en défens», indique le colonel Igaboughi. À ce jour, 17 sites ont été identifiés dans la province de l’Ogooué-Ivindo. La circulation du Kévazingo est strictement réglementée : tout déplacement nécessite une autorisation du ministre des Eaux et Forêts, souvent accompagnée de la pose de puces pour le suivi.
Pour la coordinatrice nationale de la mission, le colonel Natacha Nsi Bengone épouse Ona Abiaga, cette opération se distingue par l’intégration du système de traçabilité.
Recenser pour mieux gérer
«Après l’affaire dite Kévazingo gate, il y avait un besoin réel de clarifier la situation et de remettre de l’ordre dans les lots. C’est ce que nous faisons, en conformité avec la Convention», précise-t-elle. La mission vise également à identifier les stocks exportables dans le respect des dispositions nationales et internationales. Pour rappel, lorsqu’une espèce est inscrite à la Convention CITES, la première étape est le recensement de tous les stocks disponibles avant l’inscription. Ces stocks sont alors appelés “stocks pré-convention”. Après l’inscription, tout bois mobilisé devient un stock convention. L’objectif est de recenser tous les stocks pré-convention pour permettre une exploitation légale et formelle, explique la coordinatrice.
En 2018, l’exploitation de toutes les espèces de Kévazingo a été suspendue au Gabon. Depuis, la mission utilise des outils scientifiques et l’expertise d’experts pour identifier précisément les espèces et préparer une phase d’exportation conforme aux normes CITES. Cette initiative illustre la volonté du Gabon de protéger une essence précieuse tout en soutenant l’économie locale et la filière bois, grâce à un équilibre entre conservation et valorisation durable.













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