Un ingénieur au chevet de la mémoire nzèbi : l’ancien ministre des Mines Gilles Nembé a présenté, le 29 octobre au Musée national des Arts et Traditions, à Libreville, « Histoire et traditions Nzèbi », sous-titré « Contribution anthropologique ». L’ouvrage entend documenter un patrimoine culturel fragilisé par les bouleversements historiques et la modernité. Préfacé par le professeur Guy Rossatanga-Rignault, président de la Fondation Raponda-Walker, il s’inscrit dans une démarche plus large de valorisation des communautés gabonaises.

Gilles Nembé, les professeurs Florence Bikoma et Nestor Righou lors de la dédicace de «Histoire et traditions Nzèbi», le 29 octobre 2026, à Libreville. © GabonReview

 

Faire de la transmission une réponse à l’oubli. Telle est l’ambition qui traverse « Histoire et traditions Nzèbi », présenté devant un parterre d’invités. Ingénieur, entrepreneur et ancien ministre des Mines du Gabon, Gilles Nembé a signé, aux Éditions Raponda-Walker, un ouvrage de 141 pages sous-titré « contribution anthropologique ». Présent à la dédicace, le professeur Guy Rossatanga-Rignault, préfacier du livre et président de la Fondation Raponda-Walker, a inscrit ce deuxième titre dans une bibliothèque consacrée aux peuples du Gabon.

Instantanés de la dédicace de «Histoire et traditions Nzèbi» de Gilles Nembé, le 29 octobre 2026, à Libreville. © GabonReview

« Toutes les communautés qui constituent la nation gabonaise devraient pouvoir s’exprimer dans le cadre de cette bibliothèque », a-t-il plaidé, appelant les chercheurs à contribuer à cette entreprise de mémoire.

« La colonisation n’a pas tout effacé »

Présentant la profondeur historique et anthropologique du livre, l’archéologue et historien Nestor Righou, enseignant à l’Université Omar-Bongo (UOB), en a notamment relevé les quatre grands axes : les origines et la résistance à la pénétration coloniale, les échanges commerciaux, l’organisation sociale et les rites, enfin les ruptures provoquées par la colonisation. Il a notamment mis en lumière les conséquences du travail forcé, des campagnes militaires et des épidémies, qui auraient contribué à réduire de moitié la population nzèbi entre 1900 et 1921. « La colonisation n’a pas tout effacé », a-t-il cependant rappelé, évoquant la résilience de cette société à travers sa langue, sa littérature orale et sa musique.

Pour sa part, la socio-anthropologue Florence Bikoma, également enseignante à l’UOB, a salué une monographie qui apporte « des éléments de sauvegarde de la mémoire sociale de ce peuple Nzébi, une mémoire sociale menacée, en danger et fragilisée ». Son analyse a notamment porté sur la cosmogonie, le système de filiation matrilinéaire, les institutions traditionnelles et les transformations des alliances matrimoniales. Elle a également souligné l’intérêt de cet ouvrage, qui rend accessibles des connaissances jusque-là largement confinées aux travaux spécialisés. « Nous avons un ingénieur ici qui nous a produit un condensé de connaissances sur la société humaine », a-t-elle relevé.

À travers ce livre, qui envisage la reconstitution du passé, Gilles Nembé entend ainsi faire de l’histoire un élément de transmission et de revitalisation culturelle, notamment auprès des jeunes générations. En interrogeant les mutations de l’identité nzèbie sans céder à la nostalgie, son ouvrage contribue également à une meilleure compréhension de la diversité gabonaise. Il ouvre des perspectives, notamment la réalisation d’un dictionnaire nzèbi-français et des enquêtes sociolinguistiques.

 
GR
 

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