La couverture maladie universelle n’est pas un rêve européen inaccessible au continent : c’est, en substance, le message d’une étude du groupe FINACTU, qui désigne la CNAMGS comme la preuve par le Gabon. Reste que le cabinet vante un dispositif qu’il a lui-même bâti, et que, du financement au comptoir de pharmacie, la promesse se heurte encore à la réalité du service rendu.

Citée en exemple par l’étude du Groupe FINACTU, la couverture maladie gabonaise, dont la carte d’assuré est le sésame, reste suspendue à la qualité du service rendu. © GabonReview / Illustration IA

 

Le diagnostic de départ est difficilement contestable : les systèmes hérités, calqués sur la cotisation salariale, laissent au bord du chemin l’immense majorité d’actifs que compte l’économie informelle du continent. De ce constat, l’étude, intitulée «Généraliser la protection sociale en Afrique», tire un mot d’ordre : inverser la logique, et porter la sécurité sociale jusqu’aux populations plutôt que d’attendre qu’elles s’y présentent.

Le point mérite qu’on s’y arrête. FINACTU ne contemple pas la CNAMGS de l’extérieur : il en fut l’architecte, mandaté pour sa création entre 2007 et 2010, avant de rédiger le Code de sécurité sociale gabonais promulgué en 2017. Lorsque le cabinet érige l’institution en réussite, il note, pour partie, sa propre copie. Le signaler n’enlève rien à l’intérêt de l’étude. Cela invite seulement à la lire pour ce qu’elle est : une thèse défendue par une partie intéressée.

Sortir du modèle qui exclut

L’argument central touche un angle mort réel. Le modèle dit bismarckien, qui finance la protection sociale par des prélèvements sur les salaires, suppose un salariat formel majoritaire. Or, dans la plupart des pays africains, l’emploi informel concentre l’écrasante majorité de la population active. Mécaniquement, des pans entiers de la société demeurent hors du filet, non par défaut de volonté, mais par construction même du système.

Le changement de paradigme défendu consiste donc à dissocier l’accès aux soins de la seule cotisation salariale, en mobilisant d’autres ressources et en couvrant d’abord les plus vulnérables. C’est précisément le chemin emprunté par le Gabon, qui a commencé par assurer les Gabonais économiquement faibles (GEF), financés non par la masse salariale mais par des redevances assises sur des activités à forte assiette, dont la téléphonie mobile et les transferts d’argent. L’ingéniosité du montage est réelle, et l’étude a raison d’y voir une piste pour le continent.

Financer n’est pas soigner

Là où la prudence s’impose, c’est au passage du financement au service rendu. Concevoir un mécanisme qui collecte des ressources et inscrit des millions d’assurés est une chose ; garantir dans la durée la qualité des soins, la disponibilité des médicaments, le remboursement des prestataires et la soutenabilité financière du dispositif en est une autre.

Sur ce terrain, l’expérience gabonaise nourrit autant de questions que de certitudes. Faute de règlement de ses dettes par la caisse, le syndicat des pharmaciens (Sypharga) avait envisagé de suspendre, dès le 1ᵉʳ janvier 2025, la délivrance de médicaments aux assurés de la CNAMGS. En octobre de la même année, le syndicat évaluait encore ses impayés à quelque 8 milliards de francs CFA. Au début de 2026, la caisse durcissait à son tour le ton vis-à-vis des structures conventionnées, sommées de régulariser leurs dossiers sous peine de voir leurs factures rejetées. Le financement, aussi ingénieux soit-il dans son principe, bute ainsi régulièrement sur la mécanique du paiement, là où se joue concrètement l’accès au soin.

C’est dire que le Gabon mérite mieux que le costume de vitrine ou celui de contre-exemple. Il est un laboratoire : pionnier reconnu sur la manière de financer une couverture élargie, il reste comptable de la preuve qu’il sait la faire vivre. La généralisation de la protection sociale est un objectif juste, et l’étude de FINACTU a le mérite de le remettre au centre. Mais la promesse ne se mesurera pas au nombre de cartes distribuées. Elle se jugera à la qualité du soin reçu par le dernier des assurés.

À consulter : L’étude «Généraliser la protection sociale en Afrique», publiée par le Groupe FINACTU, est disponible en ligne, en VERSION INTEGRALE.

 

 

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GR
 

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