Le PDG sans les Bongo et sans Oligui : chronique d’une agonie annoncée
Abandonné par le pouvoir, rongé par les dissensions internes, l’ancien parti des Bongo vacille dangereusement à la veille de son congrès de fin d’année. Entre ressentiment des militants et manœuvres de palace, la formation historique du Gabon affronte sa plus grave crise existentielle.

Après avoir été le bras armé des Bongo, le PDG n’est plus qu’un figurant dans le Gabon d’Oligui Nguema. © GabonReview (montage)
La chute est vertigineuse. Hier encore maître absolu de l’échiquier politique gabonais, le Parti démocratique gabonais (PDG) traverse aujourd’hui une zone de turbulences dont il pourrait ne jamais se remettre. Le diagnostic établi par Africa Intelligence et bien connu de tous est implacable : avec seulement 21 députés et une poignée de sénateurs, le PDG, «dont l’existence et l’organisation sont entièrement tournées vers le soutien à l’exécutif depuis sa création, en 1968, doit désormais choisir entre passer dans l’opposition et rester au second plan.»
Cette alternative cornélienne illustre le drame d’une formation qui ne sait exister que dans l’ombre du pouvoir. Orphelin des Bongo, snobé par Brice Clotaire Oligui Nguema qui lui préfère l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le PDG est condamné à errer dans les limbes politiques.
La mise en garde «diplomatique» lancée le 25 novembre par sa secrétaire générale Angélique Ngoma, dénonçant un scrutin n’ayant «pas totalement répondu aux attentes légitimes du peuple gabonais», sonne moins comme un cri de révolte que comme l’aveu d’impuissance d’un géant déchu.
Car derrière la façade d’un soutien officiel au chef de l’État se cache «un véritable malaise». Les militants, sommés de retirer leurs recours électoraux par le directoire, n’ont pas digéré la capitulation. Ce «ressentiment» envers Blaise Louembé Kouya gangrène la base du parti et nourrit les ambitions de Yves Fernand Manfoumbi, le vice-président en embuscade qui «espère en tirer profit afin de s’emparer du parti», selon Africa Intelligence.
L’habileté du président Oligui Nguema, qui a «pris soin de préserver les mandats de tous les membres» du directoire sauf celui de Manfoumbi, ajoute une touche de machiavélisme à cette tragédie politique. Diviser pour mieux régner : la stratégie est aussi vieille que le pouvoir lui-même.
Face à ce naufrage, les conclusions rendues le 26 novembre par la commission ad hoc présidée par Julien Nkoghé Bekalé ouvrent la voie à un changement de nom et à une refonte complète de la gouvernance. Mais peut-on réinventer un parti qui fut, pendant plus d’un demi-siècle, l’incarnation même du pouvoir personnel ?
Le congrès de décembre s’annonce explosif. Entre fronde interne, rancœurs accumulées et repositionnement stratégique impossible, le PDG pourrait bien signer son propre acte de décès. L’histoire politique gabonaise s’apprête peut-être à tourner sa page la plus longue.
















1 Commentaire
Les BONGO étaient l’essence du PDG; sans essence, le moteur ne tourne plus, c’est comme pour un véhicule