Le voleur de rêves II, d’Éric Joël Békalé : neuf contes pour traverser l’invisible
Vingt ans après un premier recueil qui avait fait date dans les lettres gabonaises, Éric Joël Békalé signe ‘Le voleur de rêves II’, paru aux éditions LAHA, neuf contes d’une densité rare, portés par une prose élégante et une mémoire du terroir intacte. Une œuvre qui tient à la fois du legs ancestral et de l’acte littéraire pleinement revendiqué.

Joël Békalé récidive et signe un recueil (première de couverture à gauche) qui, entre ciel étoilé et forêt enchantée, entrouvre neuf portes vers l’invisible. © GabonReview
Il y a des livres qui se lisent. Il y en a d’autres qui vous habitent. Le voleur de rêves II appartient à cette seconde catégorie. Dès les premières lignes du conte inaugural, L’enfant du lac, le lecteur est aspiré dans un village nommé Aboumzok, aux côtés d’Ekome-Avome, femme stérile, épouse menacée, dont le destin bascule le jour où un nganga lui prescrit une mixture de plantes à boire au clair de lune. Ce n’est pas seulement un conte : c’est une cosmogonie.
De l’issiki aux rives du Komo, le souffle des non-nés

Trente œuvres au compteur, une vingtaine d’années de plume et toujours la même flamme : Éric Joël Békalé porte deux patries, le Gabon des institutions et celui des esprits. © Facebook
À travers neuf récits, de L’enfant du lac à C’est la fin qui compte, en passant par Le caméléon chez le médecin ou Comment la tortue épousa la fille de la foudre, Békalé convoque l’univers mythologique gabonais dans toute sa profondeur. Le glossaire qui clôt l’ouvrage en témoigne : Iboga, Mvett, Mekaga, Issiki, Malamba… Ces termes ne sont pas des ornements exotiques. Ils sont les clés d’une vision du monde où l’invisible est aussi réel que le tangible.
Le dernier conte, C’est la fin qui compte, est peut-être le plus ambitieux. Dans le village de Nzamaligué, deux frères, Ayeme-Nzame l’aîné et Abene-Nzame le cadet, se livrent une compétition sourde et ruineuse, sous l’œil douloureux de leur père Nzame-Akare. Lorsque le fleuve Komo déborde et ravage les plantations, c’est la nature elle-même qui tranche le conflit et révèle la vérité : les racines profondes survivent toujours aux tempêtes. La morale est implacable. Elle est aussi d’une modernité saisissante.
Un diplomate illustrateur qui manie les mots comme des lances
Fait remarquable et trop peu souligné : les illustrations qui ponctuent l’ouvrage sont signées de l’auteur lui-même. Des dessins expressifs, tantôt en couleurs, tantôt en noir et blanc, qui ne décorent pas le texte, mais le prolongent, l’amplifient, lui donnent chair. Une double maîtrise qui force l’admiration.
Ambassadeur itinérant chargé de la diplomatie culturelle, président réélu de l’UDEG et vice-président de la PAWA pour l’Afrique centrale, Éric Joël Békalé incarne cette figure rare : l’homme d’État qui est aussi, profondément, un homme de lettres. Avec une trentaine d’ouvrages au compteur, il accomplit ici ce que peu de conteurs réussissent : écrire des récits qui sonnent vrais autour d’un feu de bois, tout en portant la rigueur formelle d’une grande littérature.
Le voleur de rêves II, 106 pages, éditions LAHA, disponible chez les libraires de Libreville.













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