Libreville : colère au marché Mont-Bouët face aux taxes «sans quittance»
Au marché Mont-Bouët, cœur névralgique du commerce populaire à Libreville, la question des prélèvements des taxes multiformes imposés aux commerçants prend une tournure préoccupante. Regroupés au sein du Syndicat des débrouillards du Gabon (SDG) et de l’ONG Solidarité pour le développement du Gabon (ONG-SDG), plusieurs vendeurs ont dénoncé, le 10 juin, des pratiques de collecte qu’ils jugent irrégulières et contraires aux règles en vigueur.

Les membres du Syndicat des débrouillards du Gabon (SDG) et de l’ONG Solidarité pour le développement du Gabon (ONG-SDG) lors de leur action au marché Mont-Bouët, de Libreville. © D.R.
Des commerçants du marché Mont-Bouët de Libreville, regroupés au sein du Syndicat des débrouillards du Gabon (SDG) et de l’ONG Solidarité pour le développement du Gabon (ONG-SDG), ont alerté, le 10 juin, sur les prélèvements des taxes qu’ils jugent irréguliers et contraires aux règles. Ils ont exprimé une inquiétude croissante face à ces pratiques qu’ils dénoncent. «Des montants qui, selon eux, ne correspondraient pas toujours aux tarifs officiels» sont régulièrement évoqués, dans un contexte économique déjà fragile.
Un réel problème de traçabilité des fonds publics
Face à la persistance de ces pratiques, les deux organisations ont décidé de porter l’affaire devant les institutions compétentes. Dans des correspondances datées du 1er juin dernier, elles ont saisi plusieurs organes, dont le Procureur général, la Cour des comptes et l’Agence nationale d’investigation financière. Leur objectif est d’obtenir «l’ouverture de vérifications administratives, financières et judiciaires sur des prélèvements opérés quotidiennement auprès des commerçants».
Parmi les dénonciations figure notamment le non-respect présumé des dispositions de la loi de finances rectificative de 2009. Selon les plaignants, «des sommes comprises entre 1 000 et 2 000 francs CFA seraient régulièrement perçues… sans délivrance systématique de quittances». Plusieurs commerçants confirment cette réalité sur le terrain. Certains affirment ne recevoir aucun justificatif de paiement, tandis que d’autres évoquent des tickets multiples pour une seule place. Ce qui alimente, au final, un climat d’incompréhension et de méfiance, et pose un réel problème de traçabilité des fonds publics.
Rétablir des pratiques plus justes et conformes à la loi
D’après les estimations avancées par le SDG et l’ONG-SDG, «entre 10 et 15 millions de francs CFA échapperaient aux circuits officiels» chaque jour. Une telle situation représenterait un manque à gagner important pour la commune de Libreville et le Trésor public. En plus des pertes économiques, c’est aussi la question de la gouvernance locale qui est posée, notamment la responsabilité du maire central, interpellé sur sa capacité à garantir la régularité des opérations de recouvrement.
Malgré une proposition de la municipalité visant à accorder des exonérations à certains commerçants identifiés, les organisations ont opposé un refus catégorique. «Leur combat vise la défense de l’ensemble des commerçants et non celle d’un groupe particulier», insistent-elles, invoquant le principe d’égalité devant les charges publiques. Dans l’attente des conclusions des enquêtes sollicitées, les commerçants de Mont-Bouët poursuivent leurs activités dans un climat de vigilance, espérant que la transparence réclamée permettra de rétablir des pratiques plus justes et conformes à la loi.













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