Lutte contre l’exploitation illégale : le Gabon muscle ses enquêteurs forestiers
À Libreville, une trentaine d’agents forestiers et judiciaires ont renforcé leurs compétences en investigation et procédures pénales, dans le cadre du projet CAFI 2, afin de mieux combattre la criminalité environnementale.

Le Commandant Mapaha Eurol Luce, échangeant avec les agents, le 16 avril 2026. © GabonReview
Du 14 au 16 avril 2026, Libreville a accueilli un atelier de formation des investigateurs dédié à la lutte contre l’exploitation forestière illégale. Organisée par le ministère des Eaux et Forêts, avec l’appui technique de l’ONG The Nature Conservancy (TNC) et le financement de l’Initiative pour les Forêts d’Afrique Centrale (CAFI), cette session s’inscrit dans le cadre du Projet CAFI 2 – Programme Certification.
Trente agents issus des administrations forestière et judiciaire ont pris part à cette formation axée sur le renforcement des compétences en matière d’investigation, de procédures judiciaires et de gestion des preuves. L’objectif était d’améliorer l’efficacité des missions de terrain et de garantir la solidité juridique des dossiers transmis aux juridictions. «Nous nous sommes particulièrement attardés sur les règles de forme dans le cadre des enquêtes en matière d’infractions forestières dont l’inobservation entraîne la nullité des procédures», a souligné Christiana Assambou, procureur de la République adjoint au parquet spécial. Elle a également insisté sur la nécessité d’une coopération renforcée, tant au niveau national qu’international, face au caractère souvent transfrontalier de ces infractions.
Combler les insuffisances dans la maîtrise des procédures

Quelques moments de la formation. © GabonReview
Cette initiative répond à un constat préoccupant : malgré leur statut, de nombreux officiers de police judiciaire (OPJ) présentent encore des insuffisances dans la maîtrise des procédures. Pour «beaucoup des OPJ, dans le cadre de la rédaction des PV, de la conduite de l’enquête au niveau des investigations amenées sur le terrain, il y avait quelques insuffisances», a reconnu le Commandant Mapaha Eurol Luce, chef de service de la Règlementation et du Contentieux à la Direction générale des forêts. D’où la mise en place de ce programme de renforcement des capacités, en collaboration avec le parquet, pour éviter que les procédures ne soient invalidées devant les tribunaux.
Au cœur des enseignements dispensés figurent les modalités de constatation et de répression des infractions, la qualification juridique des faits, ainsi que les mentions obligatoires à intégrer dans les procès-verbaux, selon les types de procédures (constatation, audition, saisie). L’enjeu est de rendre les dossiers irréprochables, quel que soit le niveau de juridiction saisi. Cette formation marque une étape importante dans la professionnalisation de la police forestière et prépare l’opérationnalisation progressive d’une unité d’élite chargée de faire respecter la législation forestière.
Garantir une réponse pénale efficace
Pour les autorités, il ne s’agit plus seulement de constater les infractions, mais de garantir une réponse pénale efficace. «Vous êtes les garants de l’intégrité de nos écosystèmes et disposez à présent des connaissances nécessaires pour transformer la volonté de l’État en actes concrets», a déclaré Jacques Kamffouga, directeur du développement des Forêts à la Direction générale des Forêts.
Le programme CAFI s’inscrit dans l’engagement du Gabon à préserver ses forêts et à maintenir sa capacité de séquestration du carbone. Un objectif mis à mal par l’exploitation illégale, comme l’a rappelé Marthe Mapangou, directeur Forêts et Climat, ONG TNC : «Si le bois est coupé illégalement, les stocks de forêts sont peu maîtrisés».
À travers le Projet CAFI 2, The Nature Conservancy accompagne ainsi le Gabon dans le renforcement de la gouvernance forestière et la lutte contre la criminalité environnementale, en cohérence avec les priorités nationales du secteur.













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