Pendant que les chancelleries occidentales débattent de la gouvernance de l’IA, des drones algorithmiques tuent déjà au Sahel et dans l’est du Congo. Le pape Léon XIV, dans sa première encyclique Magnifica humanitas publiée ce lundi 25 mai de Pentecôte, pose les mots que la diplomatie internationale évite : il faut «désarmer l’IA». Un appel qui concerne l’Afrique au premier chef, et que le Gabon aurait intérêt à ne pas laisser sans réponse.

Léon XIV a publié, ce lundi 25 mai, sa première encyclique consacrée à «la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle». Ici dimanche 24 mai, lors de la messe de Pentecôte. © Gregorio Borgia / AP Photo/Gregorio Borgia

 

L’expression surprend par sa radicalité. Parmi les cinq «pistes de responsabilité» que trace Magnifica humanitas, Léon XIV place explicitement le désarmement de l’intelligence artificielle au même niveau que la construction de la paix et la défense des victimes de guerre. Le raisonnement pontifical est simple mais implacable : en déléguant à des algorithmes la décision de tuer, l’humanité franchit un seuil moral sans retour.

La guerre cesse d’être un acte assumé par des hommes responsables pour devenir le produit d’un calcul probabiliste. C’est précisément cette «déresponsabilisation» que le pape condamne, et qu’il juge incompatible avec toute notion de justice, fût-elle dite «juste». En appelant à dépasser la théorie de la guerre juste, Léon XIV ouvre un débat théologique et politique d’une portée considérable.

L’Afrique, terrain d’expérimentation des armes autonomes

Le continent africain n’est pas épargné par ce phénomène. Dans plusieurs zones de conflits (Sahel, Corne de l’Afrique, Est du Congo) des drones armés pilotés ou assistés par des systèmes d’IA ont déjà été signalés, souvent fournis par des puissances extérieures au continent. L’Afrique devient ainsi, sans l’avoir choisi, un laboratoire grandeur nature des nouvelles formes de guerre algorithmique.

Le Vatican demande que le multilatéralisme reprenne la main sur cette course technologique, et que des traités internationaux encadrent strictement les armes létales autonomes. Une position que l’Union africaine (UA) elle-même tarde à traduire en doctrine claire, alors que les conflits armés sur son territoire intègrent de plus en plus ces technologies importées, déployées sans véritable débat démocratique ni cadre juridique adapté.

Le Gabon, voix possible d’un plaidoyer africain

Dans ce contexte, le Gabon dispose d’un atout rarement mis en avant : sa tradition de pays médiateur et sa présence active dans les instances multilatérales. Le président Oligui Nguema, qui a fait de la diplomatie de paix l’un des axes de son mandat, pourrait trouver dans l’appel de Léon XIV un levier rhétorique et politique de premier ordre.

Rejoindre ou initier un plaidoyer africain pour l’encadrement des IA militaires serait cohérent avec le positionnement international que le Gabon cherche à (re)construire. Magnifica humanitas offre, en ce sens, une caution morale rare : celle du chef de l’Église catholique s’exprimant au nom de l’humanité tout entière. Une opportunité diplomatique que Libreville aurait tort de laisser passer.

 

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