Escroquerie à plusieurs milliards, casino problématique, sociétés écrans à l’étranger et kidnapping commandité : le profil de Zhang Guo Hua, homme d’affaires chinois interpellé à Libreville, dépasse le simple fait divers. Reste une question qui embarrasse : comment a-t-il pu échapper à la justice pendant un an, avec mandat d’arrêt en poche ?

Zhang Guo Hua rattrapé par la justice. Reste désormais à savoir si l’enquête remontera jusqu’aux éventuels «parapluies» qui lui auraient permis de passer si longtemps entre les mailles du filet. (Montage) © GabonReview

 

Vendredi 21 août 2026, la Police judiciaire de Libreville a mis fin à la cavale de Zhang Guo Hua. Cet homme d’affaires chinois était recherché depuis un an par un mandat d’arrêt international émis par le parquet de Libreville, sans que cela ne l’empêche de continuer à mener ses activités au Gabon en toute discrétion.

Une liberté provisoire obtenue sous de faux prétextes

Le personnage a un lourd passé judiciaire. Il avait déjà été incarcéré à la prison centrale de Libreville, jusqu’en octobre 2024. Deux mois plus tard, en décembre, il avait obtenu une liberté provisoire, officiellement pour raisons de santé. Or l’enquête ayant conduit à sa nouvelle arrestation démontre aujourd’hui que ces raisons médicales étaient fictives, un artifice ayant permis de sortir un homme dangereux de prison.

C’est durant cette liberté obtenue dans des conditions troubles que Zhang Guo Hua aurait commandité, en septembre 2025, l’enlèvement d’un compatriote. Un an plus tard, alors qu’un mandat d’arrêt international pesait sur lui depuis douze mois, l’homme circulait toujours librement. Une durée ayant de quoi interroger sur les protections dont il aurait pu bénéficier, une question à laquelle l’enquête devra encore répondre.

Au-delà de l’enlèvement, c’est tout un système d’escroquerie financière que les enquêteurs de la PJ ont mis au jour. Trois victimes, elles aussi ressortissantes chinoises, à savoir Zhang Wu Xing, Xu Jian Hua et Zhang Wan Li, auraient perdu plusieurs milliards de francs CFA dans cette affaire. La méthode employée par Zhang Guo Hua consistait à présenter de faux projets d’investissement à ses victimes, les convainquant de lui confier des sommes importantes, avant de faire disparaître l’argent dans des circuits financiers difficiles à retracer.

Des sociétés fantômes pour brouiller les pistes

Pour dissimuler ces flux d’argent, l’homme d’affaires s’appuyait sur un montage classique en matière de blanchiment : des sociétés écrans, c’est à dire des entreprises existant uniquement sur le papier, sans activité réelle, et dont le seul rôle est de faire transiter de l’argent en donnant une apparence légale à des transactions frauduleuses. L’une de ces sociétés, domiciliée aux États-Unis, était officiellement enregistrée comme spécialisée dans la production de caramel. En réalité, elle ne fabriquait rien : elle servait uniquement de façade pour faire circuler des capitaux liés aux activités illicites de Zhang Guo Hua. Une seconde société du même type, domiciliée à Singapour cette fois, remplissait une fonction similaire pour un autre volet de ses escroqueries menées aux États-Unis.

L’enquête a également révélé une gestion illégale de casino au quartier Acaes. L’établissement est actuellement fermé, une fermeture ayant été obtenue par Zhang Guo Hua à la suite d’un différend l’ayant opposé à un associé. Sur place, des employés rencontrés par GabonReview avancent toutefois une autre version, évoquant une fermeture pour travaux. Par ailleurs, l’enquête pointe le non-paiement systématique des employés de Zhang Guo Hua, dans le cadre de ses différentes activités.

Le mystère des «parapluies»

Pris séparément, les faits allégués sont déjà lourds. Mis bout à bout, ils dessinent surtout une question : comment un tel système aurait-il pu fonctionner aussi longtemps ? A-t-il bénéficié de protections ? De complicités ? De relais suffisamment influents pour retarder l’action de la justice ou faciliter ses activités ? À ce stade, les éléments disponibles ne permettent ni de l’établir ni de désigner qui que ce soit. Mais la succession des faits rapportés rend la question difficile à éluder.

Et c’est précisément là que l’arrestation du 21 août pourrait changer de nature. Si l’enquête s’arrête à Zhang Guo Hua, elle permettra éventuellement de juger un homme. Si elle remonte les circuits financiers, les intermédiaires et les éventuelles protections dont il aurait bénéficié, elle pourrait révéler un système. Car le véritable scandale, si les accusations sont établies, ne serait peut-être pas seulement ce que Zhang Guo Hua aurait fait. Ce serait aussi d’apprendre comment, et grâce à qui, il aurait pu le faire aussi longtemps.

Placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville, Zhang Guo Hua attend désormais son procès. Mais l’affaire laisse une question ouverte, celle des complicités ayant permis à un homme visé par un mandat d’arrêt international de rester libre et actif pendant un an. L’enquête devra, tôt ou tard, y répondre.

 
GR
 

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