Moralisation de la vie publique : des annonces aux actes
Refonte du fichier électoral, lutte contre la transhumance électorale et vote obligatoire. Brice-Clotaire Oligui Nguéma a indiqué des orientations. Au gouvernement de les traduire en textes applicables, dans le respect des libertés fondamentales.

En pointant les pratiques clientélistes, les achats de conscience et l’exploitation scandaleuse de la précarité financière, le président de la République a fixé le cap. Au gouvernement de tracer la route. © Communication présidentielle
Durant la campagne présidentielle, Brice-Clotaire Oligui Nguéma s’était engagé à «restaurer l’État de droit et réformer l’administration». Il avait notamment insisté sur la lutte contre la corruption, le renforcement des contrôles, l’enracinement d’une culture de la redevabilité et «l’application scrupuleuse de la déontologie et des procédures…» Le 15 juin 2026, dans son discours sur l’état de la nation, il réaffirmait une ambition : bâtir «des institutions fortes, crédibles, une gouvernance assainie, plus en phase avec les normes internationales en matière de droits humains, de libertés fondamentales, de démocratie...» Lors du dernier Conseil des ministres, il a précisé sa pensée : en indiquant des thématiques à traduire en textes législatifs, il a donné un contenu concret à la «modernisation de la gouvernance de l’État». Les réformes structurelles, juridiques et institutionnelles, retrouvent ainsi une place centrale dans le débat public.
Réformes sérieuses, précédées d’échanges rigoureux
Après un peu plus d’une année consacrée aux infrastructures, voici le temps de la «moralisation de la vie publique et politique». L’ambition est louable, mais le défi reste considérable : «Garantir à chaque citoyen les outils et les opportunités pour s’épanouir et contribuer au développement du pays». Sans reprendre mot pour mot son bréviaire de campagne, le président de la République a annoncé des réformes de fond. Remise à plat du fichier électoral, lutte contre le «transport organisé des électeurs», vote obligatoire : autant de changements susceptibles de bouleverser les pratiques établies. En s’avançant sur ce terrain, il n’a pas seulement dénoncé les errements du passé. Il a également adressé un message à l’actuelle majorité parlementaire, tout en rappelant aux citoyens leur responsabilité dans la consolidation de la démocratie et l’amélioration de la gouvernance. Aux personnes tentées de le réduire à son statut de «président-fondateur de l’Union démocratiques de bâtisseurs (UDB)», il a opposé une évidence : il demeure avant tout la clef de voûte des institutions.
La refonte du fichier électoral est une revendication ancienne, portée depuis plus d’un quart de siècle par de nombreuses figures politiques. En la reprenant, Brice-Clotaire Oligui Nguema a reconnu l’existence de doublons et d’imperfections affectant la fiabilité des listes actuelles. En dénonçant «l’instrumentalisation des populations», il s’est attaqué au déplacement massif et coordonné des électeurs vers des circonscriptions éloignées de leurs lieux de résidence, dans le but de gonfler artificiellement le corps électoral. Il a aussi pointé les pratiques clientélistes, les achats de conscience et l’exploitation scandaleuse de la précarité financière. En suggérant le vote obligatoire, il a ouvert le débat sur la participation électorale et la confiance des citoyens dans les processus électoraux. Ces annonces appellent des réformes sérieuses, précédées d’échanges politiques et techniques rigoureux, étayés par des arguments solides.
Avec méthode et discernement
Pour les ministères en charge de l’Intérieur et des Relations avec les institutions, le chantier s’annonce particulièrement dense. L’article 6 du Code électoral dispose : «L’exercice du droit de vote est libre.» Parler d’obligation suppose modifier le cadre existant. Durant cet exercice, il faudra aussi réfléchir aux modalités de traitement du vote blanc et aux moyens d’empêcher la transhumance électorale. Il faudra, en outre, songer aux dérogations et définir les sanctions applicables. Amendes, privation de certains droits, restrictions dans l’accès aux services publics ou à certaines opportunités ? Chaque option devra être examinée avec froideur. Si l’État oblige le citoyen à voter, il se doit, en retour, de comptabiliser son refus d’adhérer aux choix proposés. De même, il doit prévoir des règles pour les contrevenants. Par ailleurs, si le vote s’effectue exclusivement dans le lieu de résidence, des exceptions doivent être prévues pour les candidats. Surtout, la lutte contre la transhumance électorale ne saurait justifier une atteinte à la liberté d’aller et venir, garantie par la Constitution.
Reste la question du calendrier. Le Conseil des ministres n’a fixé ni échéance ni délai d’exécution. Pourtant, si ces orientations doivent être traduites en lois, la réforme devra être bouclée avant les prochaines législatives. Les acteurs politiques auront besoin de temps pour comprendre les nouvelles règles, se les approprier et adapter leur organisation. C’est pourquoi, les ministères concernés doivent se mette au travail sans tarder, mais sans confondre vitesse et précipitation. L’enjeu est de se doter de textes applicables, pas d’imposer des changements de dernière minute. À défaut, les scrutins de 2030 pourraient se dérouler dans la confusion, au risque d’accroître la défiance dans les institutions. Le président de la République a fixé le cap. Au gouvernement de tracer la route, avec méthode et discernement, dans la transparence, le respect des libertés fondamentales et, pour le bien de notre démocratie.
















0 commentaire
Be the first one to leave a comment.