Oligui Nguema sans détour sur France 24 : FMI, Eramet, réseaux sociaux, visite d’État, dynastie, les sujets qui fâchent
Reçu en tête-à-tête par France 24 à la Cité de la démocratie de Libreville, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a accordé une interview exclusive au correspondant Marc Perelman, diffusée le 2 mai 2026. Un an après son élection au suffrage universel, le Chef de l’État a déroulé un agenda international chargé, confirmé des échéances économiques majeures et tranché plusieurs dossiers en suspens, allant du sort des réseaux sociaux à la question des migrants expulsés par Washington, en passant par l’avenir du manganèse gabonais.

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema lors de l’interview accordée à France 24 à Libreville, le 2 juin 2026. © GabonReview (capture d’écran)
Un an. C’est le bilan d’étape qu’Oligui Nguema a choisi de défendre face à une presse internationale souvent perçue comme un tribunal. Sans se démonter sur les critiques relatives à l’eau et à l’électricité, «j’ai ce problème à cœur, j’y pense tous les jours», il a annoncé la livraison de plusieurs centrales thermiques d’ici juillet 2027, rappelant que son projet de société s’inscrit sur un mandat de sept ans.
Visite d’État et relations franco-gabonaises

© GabonReview (capture d’écran)
C’est l’une des annonces les plus attendues : le président de la République sera en France en visite d’État le 20 juillet prochain. «Je serai chez vous», a-t-il confirmé sans ambiguïté, balayant toute spéculation sur l’état des relations bilatérales. «Avec Paris, on n’a pas de problème. Le climat est au beau fixe.» Le départ des forces françaises du Camp de Gaulle, rétrocédé à la partie gabonaise et devant être rebaptisé, est présenté non comme une rupture, mais comme une décision initiée par Paris elle-même, acceptée et assumée par Libreville.
Sur le dossier Eramet, le Chef de l’État a confirmé qu’un accord sur la transformation locale du manganèse a été trouvé en présence du président Macron. Mais il a posé une ligne rouge sans appel : «Si rien n’est transformé en 2029, le manganèse ne sortira pas.» Une échéance qui engage autant le groupe français que la crédibilité de la souveraineté économique gabonaise.
FMI, croissance et souveraineté économique
La signature d’un programme avec le Fonds monétaire international est confirmée pour la fin de l’année 2026. Le Chef de l’État a expliqué le retard par une exigence d’audit préalable de la dette héritée : «je veux la réalité pour savoir ce que moi je signe», un choix de rigueur qu’il assume pleinement. Sur les prévisions de croissance à 2,6 % publiées par la BAD, en deçà des projections de la loi de finances, il a répondu avec un aplomb revendiqué : «Les chiffres ne nourrissent que ceux qui vivent avec les chiffres. Mon économie se porte bien !»
La souveraineté économique constitue le fil rouge de son discours : rachat d’Assala, interdiction à terme de l’exportation brute de manganèse, exploitation du fer de Belinga. «Nous ne chassons personne, mais nous voulons diversifier nos partenaires. On ne peut plus avoir le monopole.»
Migrants, Trump et ligne rouge gabonaise
L’administration Trump a bien sollicité le Gabon pour accueillir des migrants expulsés des États-Unis. La réponse d’Oligui Nguema est nette : «Je ne les ai pas acceptés. Je n’ai jamais signé cet accord. Le Gabon n’est pas prêt à signer cet accord qui ne nous arrange pas.» Une position souveraine assumée, même à l’égard de celui qu’il appelle, avec une familiarité calculée, «mon ami à la cravate rouge».
Réseaux sociaux : réouverture en vue
Suspendus depuis février par la Haute autorité de la communication, les réseaux sociaux seront rouverts après le vote par le Parlement d’un cadre législatif encadrant les abus en ligne. Des amendes seront infligées aux auteurs de calomnies et d’injures. «Ce n’est pas une chasse aux sorcières», a assuré le Chef de l’État, précisant que la décision de suspension relevait d’une autorité autonome et non de l’exécutif.
Ali Bongo, Sylvia Bongo, et Bilie-By-Nzé : trois dossiers sensibles
Sur Ali Bongo Ondimba, Oligui Nguema a confirmé la délivrance d’un passeport diplomatique et affirmé qu’aucune poursuite n’est engagée contre l’ancien président à ce jour. «Il est libre de se mouvoir. Il peut revenir au Gabon.» Sur l’état de santé d’Ali Bongo, il a rappelé que les cinq dernières années du régime précédent étaient en réalité pilotées par son épouse et son fils.
Les accusations de torture formulées par Sylvia Bongo, objet d’une plainte déposée en France, ont été rejetées : «J’attends la preuve. Je n’ai vu aucune preuve. Quelqu’un qui a fait un coup d’État sans effusion de sang ne va pas se mettre à torturer les gens.»
Interrogé sur l’emprisonnement d’Alain-Claude Bilie-By-Nzé, l’ancien Premier ministre mis en cause pour escroquerie, le président de la République a nié toute implication : «C’est une affaire privée. Il reste mon ami. Je n’y suis pour rien».
Pas de dynastie Oligui
En conclusion d’entretien, interpellé sur la tentation des prolongations de mandat qui traverse la région, Oligui Nguema a répondu par une formule tranchante : «Il n’y aura pas de dynastie Oligui.» Il a rappelé que la Constitution rédigée sous son égide pendant la transition a inscrit l’intangibilité des dispositions sur les mandats, et interdit expressément la succession directe d’un président par son fils : une disposition clairement dirigée contre les pratiques du régime précédent.













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