«On va habiter où ?» : à la Plaine Ayémé, l’indemnisation ne répond pas à toutes les questions
231,5 millions de FCFA pour les uns, 20 hectares préservés pour les autres, mais une question qui revient sans cesse : où reloger ceux dont la maison va disparaître ? Le projet de lotissement destiné aux enseignants à la plaine Ayémé évolue avec le versement de cette compensation aux personnes affectées par le projet. En parallèle, l’État a réservé 20 hectares afin de permettre aux populations agricoles de poursuivre leurs activités et de préserver leur principale source de revenus.

Le gouverneur de la province de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, remettant un chèque à une bénéficiaire, le 11 septembre 2026. © GabonReview
À la plaine Ayémé, dans la commune de Ntoum, le développement du futur lotissement destiné aux enseignants s’accompagne désormais d’une mesure de compensation au bénéfice des populations affectées. Au total, 231 521 238 FCFA ont été mobilisés pour indemniser 218 personnes affectées par le projet (PAP) agricoles et 47 PAP liées aux habitations. Sur cette enveloppe, 204 353 350 FCFA sont consacrés à la compensation des biens agricoles, contre 27 167 888 FCFA pour les cadres bâtis. Pour le gouverneur de la province de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, cette opération constitue avant tout « un acte de justice ».
20 hectares réservés pour préserver l’agriculture

Aperçu de la rencontre. © GabonReview
La représentante de l’État dans l’Estuaire a également insisté sur la mesure d’accompagnement décidée pour les agriculteurs. Le projet, porté dans le cadre d’un partenariat public-privé entre l’État gabonais, à travers le ministère en charge de l’Habitat, et la SCI Résidence pour Tous, s’étend sur 539 hectares et doit permettre l’aménagement et la viabilisation de plus de 5 000 parcelles titrées destinées aux enseignants. Mais l’exécution du projet affecte des populations installées depuis plusieurs décennies sur ces terres et dont l’agriculture constitue, pour beaucoup, l’unique source de revenus. « Le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre a procédé à une réservation foncière de 20 hectares pour maintenir vos activités agricoles et partant votre pouvoir économique », a expliqué Marie-Françoise Dikoumba.
Cette décision vise ainsi à éviter que le développement du futur quartier ne se traduise par la disparition de l’activité agricole à la Plaine Ayémé. « Grâce à cette décision du chef de l’État, l’agriculture sera pérennisée à la Plaine Ayémé », a souligné le gouverneur, ajoutant que certaines habitations modernes déjà en construction sur le site seront également intégrées au projet. L’objectif affiché par les autorités est de concilier développement urbain, accès au logement et préservation des conditions de vie des populations affectées.
Les populations veulent un site pour se reloger
Si les bénéficiaires saluent globalement le projet, des inquiétudes demeurent toutefois sur la question du logement. Dieudonné Bissielou dit ne pas être opposé à l’initiative présidentielle, qu’il considère comme un projet attendu depuis plusieurs décennies. Mais il souligne sa situation personnelle : « Je n’ai pas de logement. Mon seul logement, c’est à Mitsaba, là où je fonctionne, depuis des années, les terres de nos aïeux ». Face à la perspective de la libération des emprises, il demande ainsi que l’État puisse « assainir au moins un site » où les personnes concernées pourraient reconstruire.
Même préoccupation chez Martine, retraitée et bénéficiaire des compensations. Si elle reconnaît la mise à disposition des 20 hectares pour les plantations, elle s’interroge sur le devenir des personnes dont les maisons seront démolies. « On nous a donné 20 hectares pour les plantations, mais on va habiter où ? », questionne-t-elle, appelant le chef de l’État à accompagner également les populations sur la question de l’habitat. Une interpellation qui rappelle que, derrière les 231,5 millions de FCFA de compensations et les 20 hectares réservés à l’agriculture, l’enjeu reste de réussir à concilier le futur développement de la Plaine Ayémé avec la préservation durable des conditions de vie de ceux qui y vivent et y travaillent.
















0 commentaire
Be the first one to leave a comment.