La mise au jour de fossiles humains vieux de 773 000 ans à Casablanca vient combler un «vide» crucial dans la généalogie de notre espèce. Entre traits archaïques et modernité, ces vestiges marocains repositionnent l’Afrique du Nord comme un laboratoire essentiel de l’évolution humaine, à la charnière des lignées africaines et eurasiatiques.

Une image diffusée par le programme Préhistoire de Casablanca le 7 janvier 2026 montrant la mandibule ThI-GH-10717 lors de sa fouille à la carrière Thomas I – Hominid Cave. © Handout / Programme Prehistoire de Casablanca / AFP

 

C’est une avancée scientifique de portée mondiale. Le 7 janvier 2026, la prestigieuse revue Nature a officialisé la découverte, sur le site de la carrière Thomas I à Casablanca, de restes humains datés de 773 000 ans (± 5 000 ans). Ces travaux, fruit d’une collaboration internationale entre l’INSAP (Maroc), le Collège de France et l’Institut Max Planck (Allemagne), apportent des réponses inédites sur l’émergence du genre Homo.

Les fouilles, menées avec rigueur depuis 2008 dans la «Grotte aux Hominidés», ont exhumé un inventaire hétéroclite : fragments de mâchoires d’adultes et d’enfants, vertèbres, dents et un fémur. L’intérêt majeur réside dans la morphologie de ces individus. Selon Jean-Jacques Hublin, professeur au Collège de France, «ces fossiles présentent une mosaïque de caractères : des traits archaïques hérités d’Homo erectus mêlés à des formes dérivées plus proches de l’homme moderne».

Cette période est stratégique car elle correspond à la divergence estimée (entre 650 000 et 750 000 ans) entre la lignée menant à Homo sapiens en Afrique et celles des Néandertaliens et Dénisoviens en Eurasie. Ce spécimen pourrait bien être l’un des plus proches ancêtres communs de ces différentes branches de l’humanité.

Une datation de haute précision

Pour authentifier l’âge de ces vestiges, les scientifiques ont eu recours à la magnétostratigraphie. Cette méthode paléomagnétique, qui analyse les inversions des pôles magnétiques terrestres piégées dans les sédiments, offre une précision exceptionnelle pour des périodes aussi reculées. Elle permet de situer ces fossiles dans un environnement où vivaient également des rhinocéros, dont les restes débités retrouvés sur place témoignent d’une activité de boucherie et d’une maîtrise technologique avancée (outils lithiques).

Jusqu’à présent, un fossé temporel immense séparait les premiers Homo erectus d’Afrique de l’Est (1,8 million d’années) et les plus anciens Homo sapiens connus, découverts à Jebel Irhoud (315 000 ans), également au Maroc. La découverte de la carrière Thomas I vient combler ce vide de près d’un million d’années.

Elle renforce la thèse selon laquelle l’évolution vers l’homme moderne ne s’est pas faite de manière isolée dans une seule région d’Afrique, mais à travers un réseau complexe d’échanges et d’adaptations sur l’ensemble du continent. Le Maroc, par sa position géographique, s’affirme une fois de plus comme un carrefour évolutif majeur.

Un impact pour la recherche africaine

Cette découverte souligne l’importance de la coopération scientifique internationale, impliquant des institutions marocaines, françaises, allemandes et italiennes. Elle rappelle également aux pays du bassin du Congo, dont le Gabon, que le continent recèle encore des secrets enfouis capables de bouleverser notre compréhension de la vie.

Si le Gabon brille par ses découvertes sur les origines de la vie multicellulaire (Gabonionta), le Maroc consolide ici son statut de « berceau » de l’humanité complexe. Une question demeure : quels autres trésors dorment encore dans les sédiments africains, prêts à réécrire les premières pages de notre histoire commune ?

 
GR
 

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