Patience Dabany : la «Dernière danse» qui n’en est pas une
À plus de 80 ans et après six décennies de carrière, Patience Dabany reprend le micro avec une formule qui ressemble à un adieu, mais qui relève surtout de la provocation artistique. «Dernière danse», son nouveau projet de 80 titres, mêle 60 chansons qui ont jalonné son parcours à 20 nouvelles compositions. Une manière de revisiter l’histoire sans accepter d’en devenir une simple figure du passé. Elle prévient déjà ceux qui y verraient un chant du cygne : elle n’a aucune intention de quitter la scène.

Patience Dabany, de retour sous les projecteurs, affirme qu’elle entend continuer à chanter et à danser tant que sa voix et son souffle le lui permettront. © GabonReview (capture d’écran)
Il y a trois ans, son nom était presque indissociable de celui d’un pouvoir brutalement renversé. Depuis, Patience Dabany s’était faite rare. La maladie l’avait déjà éloignée du public. Le changement de régime avait achevé de la pousser vers la discrétion. La revoilà pourtant là où elle semble le mieux maîtriser son récit : derrière un micro.
L’album Dernière danse rassemble 60 chansons qui ont marqué sa carrière et 20 titres nouveaux. Un inventaire musical de six décennies, mais surtout un titre pensé comme un pied de nez à ceux qui avaient trop vite écrit la dernière page. «C’est le buzz. J’ai fait un buzz, c’est tout», lâche-t-elle sur TV5 Monde.
«Tant que je respire encore»
Patience Dabany ne cache pas avoir traversé une période difficile. Mais elle insiste davantage sur ce qu’elle a conservé : sa voix. «Comme j’étais absente longtemps et puis j’étais très malade, Dieu m’a laissé. Je suis revenu. J’ai essayé, je pensais que j’allais perdre ma voix, mais j’ai toujours ma voix. Et je me suis dit, pourquoi pas continuer à faire de la musique. Tant que je respire encore, je danserai toujours et je chanterai toujours.»
L’artiste reprend ainsi possession d’une identité que la politique a souvent reléguée au second plan. Première épouse d’Omar Bongo Ondimba, ancienne Première dame, mère d’un ancien président de la République, elle reste surtout pour plusieurs générations de Gabonais la voix de Marie Infidèle, Amour maternel et de dizaines d’autres titres populaires. Son producteur reconnaît cependant que la frontière entre l’artiste et l’histoire du pays reste poreuse. «La Mama, elle est politique, elle est Première dame, elle est mère de président. Donc si dans ses chansons, vous trouvez ce qui ressemble à ce que vous pensez, c’est elle», explique son producteur et collaborateur de longue date, Edgard Yonkeu.
Le 7 novembre, retour devant Libreville
Patience Dabany doit retrouver la scène le 7 novembre, au Palais des congrès de Libreville, pour présenter Dernière danse.
Le titre pouvait sonner comme une sortie, une chute de rideau. Il ressemble désormais davantage à une revanche sur le silence, la maladie et le temps. Chez Patience Dabany, la dernière danse semble surtout être une façon de dire qu’il reste encore quelques pas à faire.
Thécia Nyomba
















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