Entre allégeance au pouvoir en place et affrontements entre factions, le Parti démocratique gabonais (PDG) peine à définir une identité propre et à dessiner une trajectoire autonome.

PDG : On obéit au chef quand il détient les leviers de l’État, et on cherche un nouveau protecteur quand le rapport de force s’inverse. © GabonReview (montage)

 

Un peu plus de trois ans après le changement de régime, le Parti démocratique gabonais (PDG) navigue toujours en eaux troubles. La logique politique classique l’aurait naturellement conduit dans l’opposition. Elle aurait pu en faire le principal contempteur du président de la République, voire l’adversaire irréductible de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB). Mais ses hiérarques ont choisi une autre voie. Au grand dam des derniers fidèles d’Ali Bongo, ils ont préféré être dans «l’air du temps», apportant leur soutien à Brice-Clotaire Oligui Nguéma. Comme si le 30 août 2023 ne revêtait aucune signification politique, ils se présentent désormais comme en loyaux lieutenants du nouveau président de la République. Comme si les événements de cette nuit n’avaient pas visé le système incarné par leur ancien leader, comme si leur «fidélité» à ce dernier était un artifice rhétorique, ils multiplient les déclarations d’allégeance à son tombeur.

Empêcher toute reprise en main

Reçus le 30 octobre dernier au palais de la présidence de la République, les militants PDG se sont déplacés en nombre, arborant pour la circonstance l’uniforme à l’effigie d’Omar Bongo. À cette occasion, Blaise Louembé a salué la «hauteur de vue» et le «sens aigu de l’État» de leur hôte. En retour, le chef de l’État s’est dit disposé à les accompagner dans l’organisation de leur prochain congrès. Plus étonnant encore, il aurait affirmé avoir conçu le «coup de libération» non pas contre le PDG, mais contre Ali Bongo, son épouse et son fils aîné. Une explication pour le moins surprenante, au regard de la portée politique du 30 août. De toute évidence, le PDG entend rester «un parti qui est là pour accompagner celui qui dirige», selon la formule naguère employée par Charles Mvé Ellah, ancien dirigeant passé depuis à l’UDB.

La récente sortie d’Ali Bongo donne une dimension supplémentaire à cette séquence déjà singulière. Le 20 octobre dernier, l’ancien président de la République annonçait son retour sur la scène politique, revendiquant la présidence du PDG. Il expliquait alors avoir renoncé à cette position sous la contrainte, pendant sa résidence surveillée. Contestant la légitimité du directoire conduit par Blaise Louembé et Angélique Ngoma, il se proclamait président statutaire, menaçait d’engager des actions politiques et judiciaires, tout en appelant son parti à rejoindre l’opposition. Dans un tel contexte, l’audience du 30 octobre peut-elle être réduite en une simple «rencontre républicaine» ? S’agissait-il de solliciter un accompagnement multiforme, voire un arbitrage stratégique, à l’approche du congrès ? Ou fallait-il adresser une réponse politique au «distingué camarade président» ? Au-delà des apparences, cette rencontre ne visait-elle pas à empêcher toute reprise en main par son ancien président ?

Indispensable confrontation avec sa propre histoire

Difficile, en effet, de ne pas rapprocher ces deux séquences. En s’affichant en tenue du PDG, Blaise Louembé et les siens ont publiquement signifié leur refus d’un repositionnement dans l’opposition. En exprimant leur «reconnaissance» à Brice-Clotaire Oligui Nguéma, en s’engageant à soutenir sa vision de développement, ils lui ont renouvelé leur allégeance. Cette démarche leur procure l’onction du pouvoir et une forme de protection institutionnelle. Mais cet enchaînement révèle surtout une réalité structurelle : le PDG n’a jamais fonctionné comme un parti politique classique. Il a longtemps évolué comme un prolongement de l’appareil d’État. Son rapport aux institutions, ses mécanismes de prise de décision, son attachement fluctuant à ses propres textes et sa faible imprégnation idéologique témoignent d’une culture politique façonnée par un lien ombilical avec le pouvoir.  Privé de cette assise, il peine désormais à définir une identité propre et à dessiner une trajectoire autonome.

Ce constant peut heurter les militants PDG, toujours prompts à présenter leur écurie comme «un esprit», «une école» ou «le parti le mieux implanté». Mais les proclamations identitaires ne suffisent pas à garantir une émancipation. Le fonctionnement du PDG repose plus sur la personnalisation du pouvoir, moins sur les règles démocratiques. On obéit au chef quand il détient les leviers de l’État, et on cherche un nouveau protecteur quand le rapport de force s’inverse. Longtemps entretenue par des mécanismes clientélistes, son apparente solidité masquait une profonde fragilité organisationnelle. La perte du pouvoir a ainsi provoqué départs et affrontements entre factions. L’ancien parti-État peut-il exister sans l’État ? En tout cas, la bataille en cours est la manifestation d’une crise d’identité. Pourtant, le 30 août aurait pu ouvrir une ère de reconstruction. Au lieu de le comprendre et se mettre au travail, le PDG s’est tout de suite mis en quête d’une nouvelle tutelle, espérant ainsi échapper à l’indispensable confrontation avec sa propre histoire.

 
GR
 

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