Pétrole : avec Oilserv, le Gabon ouvre deux blocs à un géant nigérian des pipelines
Le Gabon élargit le cercle de ses partenaires pétroliers et gaziers. L’État vient de conclure avec le groupe nigérian Oilserv un protocole portant sur le développement et la commercialisation des hydrocarbures des blocs DEF-3 et D4-5. Derrière cet accord se profile surtout l’arrivée d’un spécialiste africain des grandes infrastructures gazières, appelé à intervenir de l’extraction jusqu’à l’acheminement du gaz vers les centrales électriques et l’industrie.

À Libreville, les représentants du gouvernement gabonais et du groupe nigérian Oilserv lors des échanges autour du développement des blocs DEF-3 et D4-5 et des futures
Le Gabon regarde davantage vers l’expertise pétrolière africaine. L’État, représenté par le ministre du Pétrole et du Gaz, Clotaire Kondja, a conclu avec le groupe nigérian Oilserv un protocole d’accord portant sur les blocs DEF-3 et D4-5. Le groupe était représenté par son président-directeur général, l’ingénieur Emeka Okwuosa.
L’accord établit un cadre pour le développement et la commercialisation des ressources en hydrocarbures contenues dans ces deux blocs. Mais son périmètre va plus loin. Il prévoit également le développement d’infrastructures de transport, de compression et de traitement du gaz, avec pour objectif d’approvisionner les centrales thermiques et les activités industrielles du pays.
En clair, Oilserv ne viendrait pas seulement chercher du pétrole ou du gaz dans le sous-sol gabonais. Le projet associe l’exploitation des ressources à leur acheminement et à leur utilisation sur le marché intérieur.
Un spécialiste des grands gazoducs
Ce positionnement correspond au cœur de métier d’Oilserv. Fondé par Emeka Okwuosa, le groupe nigérian s’est spécialisé dans l’ingénierie, la construction et l’installation d’infrastructures pétrolières et gazières, particulièrement les pipelines.
Au Nigeria, Oilserv participe notamment au vaste gazoduc Ajaokuta-Kaduna-Kano (AKK), l’un des principaux projets du plan gazier nigérian. Le lot confié au groupe comprend une canalisation principale de 303,4 kilomètres, à laquelle s’ajoute une dérivation de 15 kilomètres vers Abuja, ainsi que des stations de comptage, de contrôle et de traitement.
Oilserv revendique également une expérience cumulée de plus de 900 kilomètres de pipelines sur une vingtaine de grands projets. Une expertise que Libreville semble précisément vouloir mobiliser pour résoudre l’une des faiblesses de son secteur gazier : disposer non seulement de ressources, mais aussi des équipements permettant de les transporter, les traiter et les mettre à disposition des consommateurs industriels ou des producteurs d’électricité.
Beaucoup reste encore à préciser
Le protocole marque cependant le début d’un processus plutôt que l’aboutissement d’un investissement déjà bouclé. Les informations rendues publiques ne précisent, à ce stade, ni le montant des investissements envisagés, ni les réserves certifiées des blocs DEF-3 et D4-5, ni les volumes de production attendus.
Aucun calendrier de développement ou de mise en production n’est non plus communiqué. Les caractéristiques et le tracé des infrastructures gazières à construire restent également à connaître.
Cette absence de chiffres invite à distinguer l’ambition du projet de sa réalisation effective. L’enjeu peut néanmoins être important pour le Gabon. En associant développement des champs, infrastructures gazières et besoins électriques, le gouvernement cherche à créer une chaîne allant du gisement jusqu’aux centrales et aux industries.
L’arrivée d’Oilserv traduit également une évolution moins visible : celle d’entreprises africaines capables de franchir leurs frontières nationales pour prendre position sur de grands projets énergétiques du continent. Pour le groupe d’Emeka Okwuosa, le Gabon constitue ainsi une porte d’entrée en Afrique centrale. Pour Libreville, l’enjeu sera désormais de transformer ce protocole en investissements, puis en mètres cubes de gaz réellement disponibles.
















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