Interpellés après une plainte pour extorsion de fonds déposée par un artisan burkinabè de 27 ans à Port-Gentil, un agent municipal en activité et un retraité de la mairie ont finalement bénéficié d’un classement sans suite décidé par le parquet. Une issue qui interroge, alors même que les deux mis en cause ont reconnu les faits qui leur étaient reprochés devant les enquêteurs.

Les deux mis en cause peu après leur interpellation. © L’Union

 

L’affaire, rapportée par le quotidien L’Union, remonte au 15 juillet dernier, dans le quartier Santa-Barbara, à Port-Gentil. Ce jour-là, Laurent Dabré, un ressortissant burkinabè âgé de 27 ans et propriétaire d’un atelier de soudure, reçoit la visite de deux hommes se présentant dans le cadre d’un contrôle municipal.

Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, la victime affirme que les deux individus s’étaient déjà rendus dans son établissement quelques semaines auparavant. À l’issue de cette première visite, ils seraient repartis avec la somme de 40 000 francs CFA, sous peine de voir l’atelier fermé.

Cette fois, soupçonnant une nouvelle tentative d’extorsion, Laurent Dabré exige la présentation d’un ordre de mission ou de tout autre document officiel justifiant leur intervention. Incapables de produire les pièces demandées, les deux hommes prennent la fuite.

Alertés par les cris du soudeur, des riverains interviennent rapidement et parviennent à rattraper les suspects avant leur remise aux agents du commissariat central de Port-Gentil.

Des aveux devant les enquêteurs

Placés en garde à vue, les deux hommes passent aux aveux. L’un d’eux, agent municipal âgé de 49 ans, reconnaît s’être rendu dans l’atelier en compagnie de son complice sous couvert d’un contrôle inopiné afin d’obtenir de l’argent.

Le second mis en cause, un retraité de la mairie de 62 ans, admet également avoir participé aux faits, invoquant des difficultés financières. Tous deux reconnaissent avoir perçu les 40 000 francs CFA dénoncés par la victime.

Les investigations permettent par ailleurs aux policiers de découvrir, en possession du retraité, plusieurs documents administratifs de la mairie, dont un dossier contenant l’ordre de mission n° 00001/02/2023. D’après les enquêteurs, ces pièces auraient servi à donner une apparence de légalité à leurs interventions et à soutirer de l’argent à différentes victimes.

Saisie pour vérification, la direction des Ressources humaines de la mairie confirme que l’un des suspects est toujours en fonction, tandis que l’autre a quitté l’administration municipale depuis deux ans.

Un classement sans suite qui soulève des questions

Déférés devant le parquet vendredi dernier, les deux hommes ont finalement été exemptés de toute poursuite judiciaire. Le ministère public a en effet décidé de classer l’affaire sans suite, sans qu’aucune information supplémentaire ne soit rendue publique sur les motivations de cette décision.

Cette issue suscite des interrogations, tant au regard des aveux recueillis au cours de l’enquête que des éléments matériels découverts par les policiers. Pour plusieurs observateurs, le classement de cette procédure pourrait nourrir un sentiment d’impunité et fragiliser la confiance des victimes confrontées à des pratiques assimilables à de l’extorsion de fonds.

Au-delà du cas particulier de Laurent Dabré, cette affaire relance la question des contrôles administratifs effectués sur le terrain et des garanties nécessaires pour prévenir d’éventuels abus commis sous couvert d’une mission de service public.

 
GR
 

0 commentaire

Be the first one to leave a comment.

Post a Comment