À trois mois de l’interdiction annoncée des importations de poulet de chair, le Gabon reconnaît être interpellé par les États-Unis au sein de l’Organisation mondiale du commerce. Le gouvernement promet une stratégie juridique et diplomatique, alors même que des arriérés de contribution, 164 millions de FCFA environ, limitent l’accès de sa mission permanente à certains documents de l’institution.

Le poulet gabonais veut prendre son envol ; les États-Unis l’attendent déjà à l’OMC où le Gabon doit lui trouver sa défense. (illustration générée par IA) © GabonReview

 

Le projet est clair :  à compter du 1er janvier 2027, le Gabon veut interdire l’importation de poulet de chair afin de soutenir la production locale. Mais le dossier sort désormais du seul cadre agricole. Il entre dans celui, beaucoup plus exigeant, des règles du commerce international.

Dans son communiqué final du 18 septembre, le Conseil des ministres indique que les États-Unis ont interpellé le Gabon au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le texte ne précise ni la forme exacte de cette interpellation ni les arguments avancés par Washington. Il ne permet pas non plus d’affirmer que les États-Unis sont un fournisseur majeur de poulet sur le marché gabonais.

Une chose est certaine : l’annonce d’une interdiction générale attire l’attention d’un grand partenaire commercial au sein de l’organisation qui encadre les échanges mondiaux.

Une stratégie à construire

Face à ce risque de contentieux, le gouvernement annonce l’élaboration d’une «stratégie nationale». Celle-ci devra s’appuyer sur les exceptions prévues par les accords de l’OMC et sur la négociation diplomatique.

En clair, Libreville veut trouver le fondement juridique permettant de protéger l’aviculture gabonaise sans exposer le pays à une procédure internationale. Cette stratégie devra aussi répondre à une question pratique : comment maintenir l’approvisionnement du marché et éviter une hausse excessive du prix du poulet si les importations cessent avant que la production locale ne couvre la demande ?

L’enjeu n’est donc pas seulement de fermer le marché. Il est de démontrer que le Gabon dispose d’une filière capable de produire des volumes suffisants, à des prix accessibles, avec des couvoirs, des aliments pour bétail, des abattoirs, une chaîne du froid et un réseau de distribution adaptés.

Des arriérés qui compliquent le dossier

Le même communiqué révèle une fragilité supplémentaire. Le Gabon doit à l’OMC 228 997 francs suisses, soit environ 164 millions de FCFA, au titre de ses contributions. Le Conseil des ministres précise que ces arriérés entraînent des restrictions d’accès de la Mission permanente gabonaise aux documents et informations de l’Organisation.

Le contraste est saisissant. Le pays prépare la défense d’une mesure commerciale sensible à l’OMC, mais sa représentation y fonctionne avec un accès limité à certaines ressources documentaires.

Ces 164 millions de FCFA sont faibles au regard des enjeux de l’interdiction du poulet de chair. Leur règlement rapide serait donc un acte de cohérence. Avant janvier 2027, le Gabon devra à la fois bâtir sa défense juridique, négocier avec ses partenaires et prouver que sa production locale peut réellement prendre le relais.

 
GR
 

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