Pourquoi le FGIS, la GOC et la SOGARA sont désormais dans le viseur de l’État ?
Pourquoi rouvrir le dossier du FGIS plus de dix ans après sa création ? Pourquoi auditer aujourd’hui la GOC, devenue un acteur central de la stratégie pétrolière nationale ? Pourquoi placer également la SOGARA sous examen alors que son avenir industriel est régulièrement questionné ? Selon les informations de GabonReview, les trois institutions ont déjà été officiellement notifiées. Plus qu’une succession de contrôles, c’est une revue approfondie des principaux instruments financiers et pétroliers de l’État qui s’engage. Reste une question : pourquoi maintenant ?

FGIS, GOC, SOGARA : trois piliers de la stratégie économique et énergétique du Gabon, désormais sous le regard des auditeurs de la Task Force. © GabonReview (montage)
Le mouvement est désormais engagé. Après les travaux menés sur la dette publique, les autorités étendent leurs investigations à plusieurs entreprises stratégiques de l’État. Selon les informations de GabonReview, le Fonds gabonais d’investissement stratégique (FGIS) a été officiellement notifié de l’ouverture d’un audit couvrant l’ensemble de sa gestion, depuis sa création en 2012 jusqu’au changement de régime intervenu en 2023.
Dans le même temps, selon des informations révélées par Media Afrique News et confirmées à GabonReview par plusieurs sources concordantes, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a décidé d’engager un audit général du secteur pétrolier. Les notifications auraient également été adressées à la Gabon Oil Company (GOC) et à la Société gabonaise de raffinage (SOGARA).
Le FGIS : rouvrir un dossier déjà audité
Le retour des enquêteurs au sein du FGIS peut surprendre. Créé en 2012 pour transformer une partie de la rente pétrolière en investissements de long terme et préparer l’après-pétrole, le fonds souverain avait déjà fait l’objet de plusieurs audits au cours de la dernière décennie.
L’un des plus importants fut celui de la mission d’information de l’Assemblée nationale, chargée d’évaluer son fonctionnement et de comprendre pourquoi cet outil stratégique n’avait pas pleinement atteint les objectifs qui lui avaient été assignés.
Pourquoi y revenir aujourd’hui, Selon une source proche de la Task Force chargée de l’apurement de la dette, les investigations précédentes n’auraient pas permis de répondre à toutes les interrogations relatives à la gestion du fonds. Les autorités ont donc décidé de reprendre l’examen de l’ensemble de la période 2012-2023 afin d’établir une lecture complète de plus d’une décennie de gestion.
La GOC : un acteur devenu incontournable
La Gabon Oil Company entre, elle aussi, dans le champ des investigations. Au fil des années, la compagnie nationale a considérablement renforcé sa place dans le secteur des hydrocarbures. Créée pour défendre les intérêts de l’État dans l’industrie pétrolière, elle a progressivement élargi son périmètre d’intervention à travers des prises de participation, des acquisitions d’actifs et un rôle croissant dans la stratégie énergétique nationale.
Cette montée en puissance s’est accompagnée d’une augmentation des responsabilités opérationnelles et financières de l’entreprise. L’audit annoncé devrait ainsi permettre d’évaluer les conditions de gouvernance, de gestion financière, de passation des marchés, d’investissement et, plus largement, le fonctionnement d’un acteur désormais central dans la politique pétrolière du Gabon.
La SOGARA face à ses défis structurels
Pour la SOGARA, l’audit intervient dans un contexte différent. Unique raffinerie du pays, l’entreprise fait face depuis plusieurs années à des difficultés structurelles. Ses installations vieillissantes connaissent des pannes récurrentes et des arrêts techniques, tandis que l’approvisionnement en pétrole brut demeure insuffisant, plusieurs compagnies privilégiant l’exportation de leur production plutôt que son raffinage local.
Cette situation a progressivement réduit les volumes traités par la raffinerie et conduit le Gabon à accroître ses importations de produits raffinés pour répondre à la demande intérieure. Malgré des chiffres d’affaires parfois orientés à la hausse, plusieurs analyses économiques décrivent une exploitation durablement déficitaire, marquée par des pertes récurrentes et des tensions de trésorerie. En 2019, un projet de fusion avec la GOC avait même été envisagé afin d’améliorer l’efficacité et la rentabilité de la filière, avant d’être abandonné l’année suivante.
Au-delà des audits
Au-delà de leurs spécificités, ces trois audits présentent un point commun : ils concernent des institutions appelées à jouer un rôle majeur dans la gestion de la rente pétrolière, des investissements publics et de la souveraineté énergétique du Gabon. Leurs conclusions seront donc particulièrement attendues. Elles permettront de mesurer si ces structures ont rempli les missions qui leur avaient été assignées, d’identifier d’éventuelles insuffisances de gouvernance ou de gestion, mais aussi de dresser un état des lieux objectif de leur situation financière, opérationnelle et stratégique.
Surtout, ces audits pourraient constituer un préalable aux décisions que les autorités seront amenées à prendre dans les prochains mois. Selon les constats qui en ressortiront, ils pourraient déboucher sur des réformes de gouvernance, des restructurations, une redéfinition des missions de certaines entités, voire, le cas échéant, sur des suites administratives ou judiciaires si des irrégularités étaient mises en évidence. Autrement dit, au-delà de l’exercice de contrôle, c’est l’avenir même de trois instruments majeurs de la politique économique de l’État qui est désormais en jeu.















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