Le naufrage du Prospector 5, survenu le 24 octobre au large de Mayumba, ne se limite plus à ses conséquences humaines. Le drame ébranle désormais les ambitions pétrolières de BW Energy au Gabon. Dans son rapport trimestriel publié le 29 octobre 2026, la compagnie norvégienne confirme le report de nouveaux forages, revoit ses prévisions d’investissement et reconnaît des incertitudes sur sa production attendue en 2027. En jeu, une capacité supplémentaire pouvant atteindre 20 000 barils par jour sur le permis Dussafu.

BW Energy face à l’après-Prospector 5 : les installations de production restent opérationnelles, mais les ambitions pétrolières de 2027 se heurtent désormais à un calendrier incertain. © BW Energy

 

Cinq jours après le naufrage du Prospector 5, l’onde de choc gagne les perspectives industrielles de BW Energy. Le groupe pétrolier norvégien reconnaît désormais que la disparition de cette plateforme de forage, propriété de Borr Drilling, bouleverse la deuxième phase du projet MaBoMo, l’un de ses programmes de développement au large du Gabon. Si l’exploitation des installations existantes a repris, le calendrier des nouveaux puits est devenu incertain.

MaBoMo Phase 2 : jusqu’à 20 000 barils supplémentaires par jour en jeu

Au cœur des perturbations figure MaBoMo Phase 2, un programme destiné à accroître la production des gisements exploités dans le permis Dussafu Marin. MaBoMo est une installation pétrolière en mer qui permet d’extraire le brut des gisements Hibiscus et Ruche, avant son acheminement vers le navire de production et de stockage BW Adolo.

La deuxième phase devait permettre la réalisation de cinq nouveaux puits producteurs, avec une capacité supplémentaire maximale envisagée de 20 000 barils par jour. Les premières mises en production étaient initialement attendues en 2027. C’est précisément pour préparer cette campagne de forage que le Prospector 5 intervenait lorsqu’il a perdu sa stabilité avant de sombrer, le 24 octobre.

Conséquence immédiate : BW Energy doit revoir l’organisation de ses opérations. Aucune nouvelle date de reprise des forages n’est encore annoncée. Le groupe évalue également les répercussions sur ses perspectives de production pour 2027.

Des investissements suspendus aux nouvelles incertitudes

Le naufrage produit déjà des effets sur la planification financière de la compagnie. BW Energy a suspendu sa prévision de dépenses d’investissement pour 2026, précédemment établie entre 600 et 650 millions de dollars, soit environ 352 à 381 milliards de FCFA. Cette enveloppe concernait l’ensemble de ses activités internationales et ne représente donc ni le coût du naufrage ni une perte financière directement imputable à l’accident.

Pour Carl K. Arnet, directeur général de BW Energy, l’enjeu porte avant tout sur le calendrier d’exploitation. «L’incident affecte le calendrier de production de ces barils, et non les ressources elles-mêmes», explique-t-il, en annonçant l’intégration des forages restants dans une programmation élargie à Dussafu. La compagnie précise également que ses récentes découvertes à MaBoMo représentent entre 8 et 9 millions de barils de ressources récupérables supplémentaires. Un potentiel qui demeure intact, mais dont la valorisation pourrait être différée.

Production relancée, perspectives nationales à surveiller

Tout n’est cependant pas à l’arrêt. Suspendue par précaution pendant les préparatifs de forage, la production de MaBoMo a repris le 28 octobre. BW Energy n’a signalé aucun dommage sur ses installations de production. L’entreprise maintient par ailleurs son ambition de dépasser 100 000 barils de production quotidienne en 2028, un objectif concernant l’ensemble de son portefeuille international, et non le seul Gabon.

Pour l’économie gabonaise, la question dépasse néanmoins le calendrier d’une entreprise privée. Tout report de production supplémentaire peut décaler les recettes futures liées au partage de production et à la fiscalité pétrolière. À ce stade, aucun manque à gagner pour l’État n’a toutefois été chiffré.

Derrière le drame humain, dont les recherches et les conséquences demeurent au premier plan, se dessine ainsi une autre réalité : le Prospector 5 n’a pas seulement sombré avec une plateforme de forage. Sa disparition a aussi désorganisé un programme appelé à renforcer la production pétrolière du Gabon. Et si les réserves restent sous terre, leur exploitation, elle, devra attendre un calendrier que BW Energy n’est pas encore en mesure de fixer.

 
GR
 

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